Le carton posait sur la table de jardin son robinet de plastique, et quelque chose en moi se crispait. Une terrasse de juillet, la lumière qui s'attarde sur les verres, et ce geste presque honteux : tirer le vin d'une poche au lieu de le verser d'une bouteille. Pendant des années, le bag-in-box a porté cette étiquette tenace, celle du vin sans élégance, bon pour la soif et rien d'autre. Voilà ce que je veux interroger ici, en plein été : le BIB peut-il vraiment prétendre au premium, ou reste-t-il l'invité qu'on tolère sans l'inviter ?
L'accusation tient encore, en partie#
Commençons par ce qui dérange. Le bag-in-box ne sait pas vieillir. La poche plastique laisse passer une oxygénation lente, progressive, qui interdit toute maturation : un grand vin de garde n'y trouvera jamais le silence dont il a besoin pour se construire. Sur ce point, aucune indulgence possible. Si vous cherchez à coucher une cuvée dix ans en cave, refermez le carton et passez votre chemin.
Il y a aussi la question du regard. Le BIB n'a pas la présence d'une bouteille, ce poids dans la main, cette étiquette qu'on déchiffre comme on lit un frontispice. Quelque chose se perd, je ne vais pas prétendre le contraire. Le geste de servir, chez moi, compte presque autant que ce qu'il y a dans le verre, et le robinet ne raconte pas la même histoire.
Et puis il y a les chiffres, qui racontent un format en repli. Selon Nielsen IQ, les ventes de BIB en grande distribution ont reculé en 2024 : moins 3 % en volume, moins 2 % en valeur. Le format n'a plus le vent dans le dos qu'il connaissait au sortir du confinement.
Mais la réalité a changé de visage#
Voilà où je dois réviser mon préjugé. Car ces mêmes données Nielsen IQ disent autre chose, et c'est saisissant : en année glissante à la mi-2024, le bag-in-box pesait 25 % du marché du vin en valeur en grande distribution, pour 84,3 millions d'unités vendues et un milliard d'euros de chiffre d'affaires. Un quart de la valeur. On ne parle plus d'un format marginal, mais d'un pilier discret du rayon.
Mieux : dans un marché du vin qui s'effondrait de 4,5 % en volume, le BIB n'a cédé que 3 %. Il résiste mieux que la bouteille. Le carton tient quand le verre vacille, et cette nuance change tout le débat.
Reste l'essentiel, ce qui m'a vraiment fait changer d'avis : ce qu'on met dedans. La cave de Tain propose désormais un Crozes-Hermitage en cubi de trois litres. Le Château de la Greffière décline son Mâcon-la-Roche-Vineuse, cent pour cent chardonnay, dans le même format. Chez Chamvermeil, un Bordeaux Supérieur s'affiche à partir de 48 euros les dix litres, un Graves à partir de 90 euros. Et BiBoViNo, seule marque entièrement dédiée au haut de gamme en BIB, confie sa sélection au palais de Bruno Quenioux. Ce ne sont plus des vins de dépannage. Ce sont des appellations qu'on servait, hier encore, uniquement sous verre.
Le bio s'y est mis aussi, et pas à reculons : Côtes du Rhône du Château des Coccinelles, Cahors du Domaine La Paganie, Gaillac du Domaine Labarthe. Des vignerons qui assument le format comme un choix, pas comme un pis-aller.
L'argument d'été, celui qui emporte#
C'est en juillet que le bag-in-box trouve sa pleine justification. Une fois ouvert, un rouge garde ses qualités jusqu'à six semaines, un blanc autour de quatre, parce que la poche se rétracte et chasse l'air à mesure qu'on tire le vin. Là où une bouteille entamée impose ses règles de conservation strictes, le carton pardonne. Pour qui boit un verre le soir sans vouloir sacrifier toute une bouteille, c'est une liberté réelle. Le rosé l'a bien compris : il représente environ 41 % du volume BIB, et l'été lui va comme un gant. Uby Cub, Perle Rosé, Gris Marin : la sélection estivale ne manque pas de tenue, au point de rivaliser avec les rouges frais qu'on sert rafraîchis sur les terrasses du Sud.
Vient ensuite l'empreinte. Selon les analyses du cycle de vie disponibles, le BIB émettrait environ huit fois moins que la bouteille en verre, sachant que le verre représente à lui seul 40 à 50 % de l'empreinte carbone totale d'un vin. C'est tout l'enjeu de l'éco-conception du packaging viticole, au même titre que les bouteilles allégées qui cherchent à réduire le poids du verre. Le transport suit la même logique : six fois moins de camions pour la même quantité de liquide, et quatre cinquièmes du matériau entièrement recyclable. Sur une table d'été où l'on pense un peu au lendemain du monde, l'argument pèse.
Le prix, enfin. À appellation comparable, le format revient 20 à 30 % moins cher que la bouteille. Trois litres, cinq litres, dix litres, soit l'équivalent de quatre, presque sept ou plus de treize bouteilles : de quoi tenir un long août sans courir à la cave.
Le cas Alsace, où la loi tranche pour nous#
Une curiosité que j'aime glisser ici. Le vin d'Alsace, lui, n'a pas le choix : le cahier des charges de l'AOC impose la flûte rhénane pour toute appellation alsacienne. Pas de bag-in-box possible sans déclasser le vin en IGP ou en Vin de France. La bouteille n'y est pas une préférence, c'est une obligation réglementaire, inscrite dans le droit. Comme quoi le format n'est jamais qu'une affaire de goût : parfois, c'est la règle qui écrit la forme.
Mon verdict#
Alors, le vrai vin d'été ? Pour les grandes gardes, non, jamais, et il faut le dire net. Mais pour la table de juillet, les amis qui passent, le rosé qu'on rouvre trois soirs de suite sans qu'il s'éteigne, oui, sans hésiter. Le bag-in-box premium existe, il a des appellations, des vignerons qui y croient, et une logique écologique que la bouteille ne peut pas suivre. J'ai mis du temps à poser mon préjugé. Cet été, le carton revient sur ma table, et le robinet ne me fait plus rougir.
Sources#
- Nielsen IQ, cité par Vitisphere : https://www.vitisphere.com/actualite-102373-les-ventes-de-vin-chutent-en-bouteille-en-bib-et-restent-absentes-en-canettes.html
- BaraBib, FAQ du BIB : https://barabib.com/content/13-faq-du-bib
- Agrovin, impact environnemental des emballages du vin : https://agrovin.com/fr/limpact-environnemental-des-emballages-de-vin/
- Burdivino, dossier bag-in-box : https://www.burdivino.fr/bib-bag-in-box/
- Vinatis, sélection cubis de l'été : https://www.vinatis.com/blog-les-cubis-selection-de-l-ete
- Chamvermeil, appellations du Bordelais en BIB : https://www.chamvermeil.com/fr-fr/boutique/la-cave/appellations-du-bordelais/
- OenoPhil, le vin d'Alsace en bag-in-box : https://oenophil.over-blog.fr/article-le-vin-d-alsace-en-bag-in-box-57701543.html





