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Entre-deux-Mers : l'appellation accueille aussi le rouge

Entre-deux-Mers : l'appellation accueille aussi le rouge

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

Une fiche d'appellation trouvée en tête d'une recherche décrit encore l'Entre-deux-Mers comme un blanc sec, uniquement. Le cahier des charges homologué le 19 septembre 2025 dit autre chose, noir sur blanc, et la page produit de l'INAO elle-même pointe vers ce texte sans avoir corrigé sa propre description. Deux sources officielles, une contradiction, et un lecteur qui n'a aucune raison de la deviner.

Réponse directe : depuis un cahier des charges homologué par arrêté du 19 septembre 2025, l'AOC Entre-deux-Mers est réservée aux vins tranquilles rouges et blancs secs, plus seulement aux blancs. Le rouge existe officiellement depuis 2023, mais reste minoritaire : en 2024, il ne pesait que 138,37 hectares contre 1 262,66 hectares de blanc, selon les déclarations de récolte de la DGDDI.

Ce que dit exactement le texte en vigueur#

Le chapitre Ier du cahier des charges est sans ambiguïté : « L'appellation d'origine contrôlée « Entre-deux-Mers » est réservée aux vins tranquilles rouges et blancs secs. » L'arrêté qui l'homologue date du 19 septembre 2025, publié au Journal officiel le 21 septembre et repris au Bulletin officiel du ministère de l'Agriculture le 25 septembre. L'appellation elle-même est bien plus ancienne : elle a été initialement reconnue par un décret du 31 juillet 1937, à une époque où elle ne couvrait, justement, que le blanc.

Ce sont les appellations françaises classées en AOC, AOP et IGP qui expliquent pourquoi un simple arrêté suffit à faire évoluer un texte pareil sans toucher au nom de l'appellation. Le rouge n'est donc pas une nouveauté récente qu'un site n'aurait pas encore documentée : la modification remonte à un arrêté du 16 août 2023, et le texte de 2025 ne fait que la reprendre sans y changer quoi que ce soit sur ce point.

Rouge et blanc, deux cépages, deux rendements#

Le blanc se construit sur la muscadelle B, le sémillon B, le sauvignon B et le sauvignon gris G comme cépages principaux, complétés en accessoires par le colombard B et l'ugni blanc B. Le rouge s'appuie sur le cabernet sauvignon N, le cabernet franc N, le cot N (autrement dit le malbec), le merlot N et le petit verdot N, avec la carmenère N en accessoire. Dans les deux couleurs, l'assemblage doit associer au moins deux cépages principaux, et aucun d'eux ne peut dépasser 80 % du total.

Le rendement d'une AOC ne se fixe jamais au hasard, et celui de l'Entre-deux-Mers distingue nettement les deux couleurs : 65 hectolitres par hectare pour le blanc (butoir à 75), contre seulement 55 pour le rouge (butoir à 65). Le titre alcoométrique minimum suit la même logique inversée, 10,5 % pour le blanc contre 12 % pour le rouge, tout comme la richesse en sucre exigée des raisins à la vendange, 170 grammes par litre pour les cépages blancs et gris, 200 pour les noirs. La densité de plantation, elle, ne varie pas : 4 500 pieds par hectare, quelle que soit la couleur.

Deux règles de calendrier séparent encore les deux vins. Le blanc doit être élevé sur lies jusqu'au 15 novembre suivant la récolte, une contrainte que le rouge ignore. Le rouge, en retour, ne peut être mis sur le marché à destination du consommateur qu'à partir du 1er janvier de la deuxième année suivant la récolte, un an de plus que ce qu'impose généralement un vin de ce type.

Combien de rouge, combien de blanc : la grille chiffrée#

Surface, volume et rendement ne se trouvent pas réunis dans les fiches du secteur consultées. Les déclarations de récolte de la DGDDI, exploitées produit par produit, donnent une image précise du poids réel de chaque couleur, sur les deux seules campagnes où le rouge existe.

ProduitMillésimeSurface (ha)Volume (hl)Rendement moyen (hl/ha)
Entre-deux-Mers blanc20241 262,6662 725,2450
Entre-deux-Mers rouge2024138,374 641,0234
Entre-deux-Mers Haut-Benauge202445,412 207,4049
Entre-deux-Mers rouge2023 (première récolte)276,919 247,3833
Total AOC Entre-deux-Mers20231 804,6492 147,81non applicable
Total AOC Entre-deux-Mers20241 446,4569 573,66non applicable

Le chiffre qui saute aux yeux dans ce tableau, c'est la chute de la surface en rouge : 276,91 hectares revendiqués lors de la toute première récolte 2023, contre 138,37 hectares seulement l'année suivante, selon ces mêmes relevés de la DGDDI. La surface a quasiment été divisée par deux entre les deux premières vendanges d'un vin qui vient tout juste de naître administrativement.

Une autre mesure circule côté interprofession : le CIVB annonce, sans dater précisément la donnée, un vignoble de 1 783 hectares pour 133 communes et 280 vignerons. Ce chiffre décrit l'aire potentiellement plantable côté interprofession, quand la DGDDI mesure la surface réellement revendiquée en récolte une année donnée : les deux ne se comparent pas terme à terme, et il faut toujours préciser laquelle on cite.

Le Haut-Benauge, l'exception qui reste blanche#

La dénomination géographique complémentaire « Haut-Benauge » peut suivre le nom de l'appellation, mais uniquement pour les vins blancs : le texte le précise explicitement. Elle couvre huit communes seulement, Escoussans, Gornac, Ladaux, Mourens, Porte-de-Benauge, Saint-Pierre-de-Bat, Soulignac et Targon, un sous-ensemble minuscule au regard des quelque 132 communes que compte l'aire géographique de l'Entre-deux-Mers dans son ensemble, entre Garonne et Dordogne.

Le rouge de l'Entre-deux-Mers n'a donc rien à voir avec le Haut-Benauge : il existe à côté, pas à l'intérieur. C'est exactement le genre de nuance qu'un guide des appellations et cépages du vignoble de Bordeaux permet de resituer, tant la zone géographique de l'Entre-deux-Mers déborde largement le seul périmètre de son appellation homonyme : elle produit aussi des rouges vendus en AOC Bordeaux, et des blancs sous d'autres dénominations, comme les blancs de Pessac-Léognan un peu plus au sud.

L'Entre-deux-Mers est-elle vraiment l'appellation la moins chère de Bordeaux ?#

C'est une affirmation qui circule, et elle ne résiste pas à l'examen. Le CIVB ne republie les cours du vrac que pour quatre appellations : Bordeaux, Blaye-Côtes de Bordeaux, Côtes de Bourg et Sainte-Foy-Côtes de Bordeaux. L'Entre-deux-Mers n'y figure pas. Il n'existe donc aucune série de prix officielle qui permette de classer les appellations bordelaises entre elles, et ce vide de publication est lui-même une information : personne ne peut légitimement dire quelle AOC est la moins chère, faute de grille comparable.

Les seules valeurs datées disponibles vont d'ailleurs à rebours de l'idée reçue. Selon Vitisphere, d'après les contrats enregistrés au CIVB, le vrac d'Entre-deux-Mers s'échangeait à 1 300 euros le tonneau sur la campagne 2023-2024, en baisse de 7 % mais pour un volume en hausse de 30 %. Sur la période plus récente d'avril 2025 à mars 2026, le Bordeaux rouge générique, lui, tombait à 929 euros le tonneau, avec des transactions descendues jusqu'à 700-800 euros au printemps 2026. Ce sont deux campagnes différentes, pas une comparaison au même instant, mais elles suffisent à écarter l'idée que l'Entre-deux-Mers occuperait le bas du classement bordelais : sur les derniers chiffres connus, c'est plutôt l'inverse. Cette mécanique de prix, du tonneau vendu en vrac à la bouteille payée au rayon, se comprend mieux une fois posée noir sur blanc.

Un vignoble sous la même pression que le reste de la Gironde#

Rien dans les chiffres de l'Entre-deux-Mers ne l'isole du contexte plus large de l'arrachage en Gironde. L'appel à manifestation d'intérêt pour l'arrachage définitif de vignes, ouvert en 2026, a recueilli 5 923 demandes portant sur 27 926 hectares à l'échelle nationale, dont 1 392 viticulteurs souhaitant cesser toute activité sur 10 342 hectares, d'après FranceAgriMer. Ce sont des chiffres nationaux, pas ceux de l'Entre-deux-Mers en particulier, mais ils dessinent le climat dans lequel une appellation qui vient d'élargir son cahier des charges cherche aussi, très concrètement, à vendre ce qu'elle produit.

Sur le fond, un cahier des charges qui accueille un rouge élargit à mes yeux une identité plutôt qu'il ne la dilue. L'argument inverse, celui d'une appellation qui perdrait en clarté commerciale en cessant d'être identifiable en un seul mot, ne s'écarte pourtant pas si facilement : verser un rouge et un blanc sous la même étiquette suppose que l'acheteur regarde d'abord le nom du domaine, pas seulement celui de l'appellation. C'est un pari, et rien dans les textes ne dit s'il est déjà gagné.

Questions fréquentes#

L'Entre-deux-Mers peut-il être un vin rouge ?#

Oui. Le cahier des charges homologué par arrêté du 19 septembre 2025 réserve l'AOC aux vins tranquilles rouges et blancs secs. Le rouge existe officiellement depuis un arrêté du 16 août 2023 ; celui de 2025 reprend cette règle sans la modifier.

Le Haut-Benauge peut-il aussi être vendu en rouge ?#

Non. La dénomination géographique complémentaire « Haut-Benauge » est réservée aux vins blancs par le texte du cahier des charges. Elle ne couvre que huit communes, un sous-ensemble de l'aire géographique de l'Entre-deux-Mers, qui en compte environ 132.

L'Entre-deux-Mers est-elle l'appellation la moins chère de Bordeaux ?#

Rien ne permet de l'affirmer. Le CIVB ne republie les cours du vrac que pour quatre AOC, l'Entre-deux-Mers n'en fait pas partie, et les dernières valeurs datées connues, selon Vitisphere d'après les contrats enregistrés au CIVB (1 300 euros le tonneau en 2023-2024), la placent au-dessus du Bordeaux rouge générique (929 euros sur avril 2025-mars 2026).

Quel rendement est autorisé pour l'Entre-deux-Mers rouge ?#

Le rendement de base est fixé à 55 hectolitres par hectare, avec un rendement butoir à 65 hectolitres par hectare. Le blanc, lui, est autorisé à 65 hectolitres par hectare, avec un butoir à 75.

Combien de communes couvre l'aire géographique de l'Entre-deux-Mers ?#

Le dénombrement de la liste nominative du cahier des charges en vigueur, référencée au code officiel géographique du 1er janvier 2025, porte sur 132 communes de Gironde situées entre la Garonne et la Dordogne.

Sources#

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