Il tourne le carafon d'un quart de tour, choisit le verre avant même d'ouvrir la bouteille, laisse le vin respirer une seconde de trop avant de servir, et prononce le nom du domaine comme on prononce celui d'un vieil ami. Ce soin porté à la forme du verre selon le cépage fait partie du même geste que celui de choisir l'accord ou la température. On ne pense jamais, à cet instant-là, à sa fiche de paie. Et pourtant, la question finit toujours par revenir, dès qu'on referme une carte des vins ou qu'on lit une fiche métier : combien gagne, vraiment, celui dont le travail tient tout entier dans ce soin-là ? J'ai fini par ouvrir les textes plutôt que les fiches métier des sites d'emploi, et ce que j'y ai trouvé ne ressemble à aucune des fourchettes qui circulent.
Réponse directe : la convention collective des hôtels, cafés, restaurants place le sommelier sur l'amplitude la plus large de tous les postes de salle, du niveau II échelon 3 au niveau V échelon 3, soit de 13,17 à 28,12 euros bruts de l'heure selon la grille en vigueur depuis décembre 2024. Mais le bas de cette grille a été dépassé par le SMIC au 1er juin 2026 : le vrai plancher, aujourd'hui, c'est le SMIC, pas la convention.
Une amplitude que personne ne cite#
Les fiches métier en ligne aiment les moyennes rondes. Aucune ne mentionne ce que dit, noir sur blanc, l'annexe 2 de l'avenant n° 30 du 31 mai 2022 sur les classifications de la branche hôtels, cafés, restaurants : l'emploi repère « Sommelier (H/F) », rattaché au domaine café, bar, brasserie, restaurant et au sous-domaine salle, y est positionné du niveau II échelon 3 jusqu'au niveau V échelon 3. C'est la plus large amplitude de tout le sous-domaine, loin devant les postes voisins.
| Emploi repère (sous-domaine salle) | Amplitude conventionnelle |
|---|---|
| Commis de salle | Niveau I échelon 1 à niveau II échelon 3 |
| Chef de rang | Niveau II échelon 3 à niveau III échelon 3 |
| Maître d'hôtel | Niveau III échelon 2 à niveau IV |
| Responsable de salle | Niveau IV (poste unique) |
| Sommelier | Niveau II échelon 3 à niveau V échelon 3 |
| Chef barman | Niveau IV à niveau V échelon 1 |
Traduits aux taux horaires bruts de l'avenant n° 33, actuellement en vigueur, ces bornes vont de 13,17 euros à l'entrée jusqu'à 28,12 euros au sommet de la grille, un calcul de correspondance entre les deux textes, à prendre pour ce qu'il est : une lecture croisée, pas une valeur publiée telle quelle par la branche. Aucune des fiches métier qui truste les premières positions des moteurs de recherche ne cite cette amplitude. On lui préfère une moyenne unique, plus facile à recopier qu'à vérifier.
Le minimum d'entrée est mort, et c'est le SMIC qui paie#
Voilà le point le plus délicat de cette grille, celui qu'aucune fiche métier ne signale. La convention HCR fixe ses minima par l'avenant n° 33 du 19 juin 2024, étendu par arrêté du 5 novembre 2024 et en vigueur depuis le 1er décembre 2024, dont le tableau de l'article 2 fait aller les taux horaires de 12,00 euros au niveau I échelon 1 jusqu'à 28,12 euros au niveau V échelon 3. Le Code du travail numérique, mis à jour au 1er juin 2026, cite toujours cet avenant comme référence : aucun texte plus récent n'est venu réviser ces montants.
Or le SMIC, lui, a bougé. Depuis le 1er juin 2026, il s'établit à 12,31 euros bruts de l'heure, fixé par arrêté du 22 mai 2026. La comparaison des deux textes ne laisse pas de doute, et ce n'est pas une coquille : les trois premiers échelons du niveau I (12,00, 12,08, 12,18 euros) et le premier échelon du niveau II (12,28 euros) sont tous en dessous de ce SMIC. Le premier minimum conventionnel réellement opposable dans toute la grille HCR se situe donc au niveau II échelon 2, à 12,55 euros. En dessous, c'est le SMIC qui s'applique, quoi que dise le tableau imprimé de la convention. Le même phénomène touche la grille des cavistes, négociée le 13 janvier 2026 en tenant compte du SMIC de janvier, avant sa revalorisation de juin : les deux premiers échelons y sont eux aussi passés sous le seuil légal.
Chef sommelier, commis sommelier : des titres qui n'existent pas#
C'est ici que je dois corriger une habitude de langage, la mienne comme celle de tous les articles que j'ai parcourus. On parle volontiers de « chef sommelier » ou de « commis sommelier » comme d'échelons d'une carrière balisée. Or ces intitulés n'apparaissent nulle part dans les emplois repères de l'avenant n° 30. La branche ne connaît qu'un seul poste : « Sommelier (H/F) ». Les titres qu'on entend en cuisine et en salle sont des usages d'établissement, pas des cases conventionnelles ; ils n'ouvrent droit à aucun minimum propre, et c'est le niveau et l'échelon réellement attribués au contrat qui fixent le salaire, quel que soit le titre sur la carte de visite. La même annexe cite en revanche le brevet professionnel sommelier parmi les diplômes de la branche, ce qui donne au moins un repère de formation reconnu, là où les titres de hiérarchie interne n'en donnent aucun. Pour qui veut tester le terrain avant de s'engager dans un cursus professionnel, les cours d'œnologie ouverts au public sont une autre porte d'entrée. Ce diplôme forme, entre autres, à manier le vocabulaire précis de la dégustation, l'outil de travail le moins visible du métier.
2 709 euros, le chiffre qui date de 2020#
C'est le chiffre le plus recopié du secteur, celui qu'on retrouve d'un site à l'autre sans qu'aucun ne s'attarde sur sa provenance. HelloWork l'annonce comme la rémunération médiane d'un sommelier en France, sur une page qui ne porte aucune date de mise à jour visible : ce montant remonte en réalité à 2020, sans source primaire identifiable. Six ans d'écart avec la grille et le SMIC dont je viens de parler, recopiés comme s'ils étaient d'aujourd'hui.
Indeed, de son côté, affiche 2 445 euros par mois sur sa page mise à jour le 16 août 2026, un chiffre déclaratif calculé sur 917 salaires indiqués liés aux offres publiées sur trois ans : une tendance de plateforme, pas une statistique redressée. Côté institutionnel, France Travail publie pour le code métier ROME G1804 une fourchette d'offres, pas de salaires versés : 80 % des annonces proposent entre 1 802 et 2 519 euros. La même base rattache ce code à la famille « maîtres d'hôtel », dont le salaire médian observé est de 2 608 euros, un chiffre qui décrit un périmètre plus large que le seul métier de sommelier et qu'on ne peut donc pas lui attribuer tel quel. C'est justement ce conseil, difficile à chiffrer, que notre guide pour choisir un vin au restaurant tente de décrire du point de vue du client.
Aucune statistique publique, ni de l'INSEE ni de la DARES, ne descend jusqu'au métier de sommelier seul : le grain le plus fin disponible reste le secteur hébergement-restauration, où le salaire net moyen s'établissait à 1 979 euros en 2024, contre 2 733 euros tous secteurs privés confondus. Quant aux fourchettes hautes que quelques sites d'estimation réservent aux maisons de prestige, elles s'adossent à une enquête professionnelle qui reste introuvable, sans publication ni méthodologie consultable nulle part. Une donnée qu'on ne peut pas retrouver ne vaut pas d'être répétée, même quand elle circule partout.
Quatre conventions que le vin ne réunit jamais#
Le métier de sommelier relève de la seule convention HCR, un métier qui déborde d'ailleurs largement du seul service en salle, comme le montre notre article sur les sommeliers devenus co-créateurs de cartes et de cuvées. Mais les postes de salle et de service ne sont pas les seuls à manier une bouteille pour gagner leur vie : caviste, négoce en vins et spiritueux, grande distribution répondent chacun à leur propre convention collective, avec leurs propres minima, sans qu'aucune synthèse ne les mette jamais côte à côte.
| Secteur | Convention (IDCC) | Minimum mensuel brut le plus bas relevé |
|---|---|---|
| Restauration (HCR) | 1979, avenant n° 33 | 1 820,04 euros au niveau I (12,00 euros x 151,67 h, sous le SMIC actuel) |
| Caviste | 3237, avenant n° 9 du 13 janvier 2026 | 1 838,81 euros (échelon E1) |
| Négoce de vins et spiritueux | 493, avenant n° 31 étendu le 4 mai 2026 | 1 844 euros (échelon 1A, source secondaire) |
| Grande distribution | 2216, avenant n° 99 étendu le 6 juillet 2026 | 1 914,19 euros (niveau 1, source secondaire, base horaire non vérifiée au texte) |
Les deux dernières lignes viennent de synthèses juridiques, faute d'avoir pu ouvrir le texte primaire des avenants correspondants : à traiter comme des ordres de grandeur, pas comme des valeurs à recopier au centime. La grille du caviste ajoute un forfait jours pour les cadres, avec un plancher annuel garanti qui grimpe après vingt-quatre mois d'ancienneté en forfait ; celle de la grande distribution prévoit, pour sa part, une prime annuelle égale à un mois de salaire de base après un an de présence.
Les pourboires, ce que la loi protège vraiment#
Sur la part réelle des pourboires dans la rémunération d'un sommelier, aucune source sérieuse n'avance de chiffre : ni pourcentage, ni fourchette fiable. Ce qui est en revanche établi, c'est le cadre fiscal. La loi de finances pour 2026 a prorogé de trois ans, jusqu'au 31 décembre 2028, l'exonération d'impôt sur le revenu des pourboires, qu'ils soient remis directement au salarié ou versés à l'employeur pour reversement au personnel en contact avec la clientèle. La condition tient en une phrase : une rémunération mensuelle qui ne dépasse pas 1,6 fois le SMIC. Pour un métier dont l'échelon d'entrée frôle justement ce seuil légal, la mesure n'est pas un détail comptable.
Ce que je retiens#
Il y a quelque chose d'assez juste, presque cruel, dans le contraste entre le geste du sommelier, cette élégance apprise, et la sécheresse administrative du texte qui fixe son minimum. La grille ne raconte rien du talent ni du palais ; elle raconte des niveaux, des échelons, des arrêtés d'extension. Et c'est précisément parce que personne ne prend le temps de la lire que les mêmes chiffres approximatifs se recopient d'un site à l'autre depuis des années, quand le texte, lui, a changé.
Ce que je retiens surtout, c'est que la générosité affichée d'un métier, les pourboires, la reconnaissance, la mise en scène du service, ne dispense jamais de vérifier le plancher légal qui la sous-tend. Sur la saison où ce travail de conseil se voit le plus, notre article sur les accords vins et gibier d'automne donne une idée du registre que ce minimum conventionnel rémunère.
Questions fréquentes#
Quel est le salaire minimum légal d'un sommelier en 2026 ?#
La convention HCR fixe une amplitude de 13,17 à 28,12 euros bruts de l'heure pour l'emploi repère « Sommelier (H/F) », du niveau II échelon 3 au niveau V échelon 3. Mais les premiers échelons de la grille générale (12,00 à 12,28 euros) sont sous le SMIC de 12,31 euros en vigueur depuis le 1er juin 2026 : c'est ce SMIC qui s'applique en dessous du niveau II échelon 2.
Le chiffre de 2 709 euros bruts pour un sommelier est-il fiable ?#
Non. Ce montant, diffusé par HelloWork sans date de mise à jour visible, correspond à une médiane de 2020, publiée sans source primaire. Il ne reflète ni la grille conventionnelle actuelle ni une statistique publique récente.
Existe-t-il un salaire de « chef sommelier » différent de celui d'un sommelier ?#
Non conventionnellement. L'avenant n° 30 de la branche HCR ne reconnaît qu'un seul emploi repère, « Sommelier (H/F) ». Les titres de « chef sommelier » ou « commis sommelier » sont des usages internes aux établissements, sans minimum salarial propre : c'est le niveau et l'échelon retenus au contrat qui déterminent la rémunération.
Le salaire d'un sommelier change-t-il selon le standing de l'établissement ?#
Aucune source primaire ni statistique publique ne segmente la rémunération selon les étoiles ou le statut d'un établissement. La convention HCR ne fait pas non plus cette distinction : un restaurant étoilé et une brasserie relèvent de la même grille, la différence tenant uniquement au niveau et à l'échelon attribués.
Les pourboires d'un sommelier sont-ils imposables en 2026 ?#
Non, sous condition. La loi de finances pour 2026 a prorogé jusqu'au 31 décembre 2028 l'exonération d'impôt sur le revenu des pourboires, remis directement au salarié ou reversés par l'employeur, à condition que la rémunération mensuelle ne dépasse pas 1,6 fois le SMIC.
Sources#
- Avenant n° 33 du 19 juin 2024, minima HCR (Légifrance)
- Avenant n° 30 du 31 mai 2022, classifications HCR (Légifrance)
- Annexe 2, grille des emplois repères, circulaire UMIH n° 27.22
- Arrêté du 22 mai 2026, SMIC à 12,31 euros au 1er juin 2026 (Légifrance)
- Code du travail numérique, salaire minimum HCR
- Avenant n° 9 du 13 janvier 2026, grille caviste IDCC 3237
- Arrêté du 4 mai 2026, extension avenant n° 31, IDCC 493 (Légifrance)
- Grille de la grande distribution, avenant n° 99 (Juritravail)
- Grille du négoce de vins et spiritueux, IDCC 493 (Juristique)
- INSEE Première n° 2079, salaires du secteur privé en 2024
- Prorogation de l'exonération des pourboires jusqu'en 2028 (BOFiP)
- France Travail, ROME G1804 Sommelier / Sommelière
- Indeed, salaires déclarés pour le métier de sommelier
- HelloWork, fiche métier sommelier





