Le papier du Journal officiel de l'Union européenne n'a ni l'odeur du chai ni le grain du parchemin. Pourtant, quand on le lit ligne à ligne, série C, tableau 1, colonne 2, on y retrouve la trace précise d'un organisme que peu de buveurs de vin, même passionnés, sauraient nommer en entier : l'Organisation internationale de la vigne et du vin, l'OIV. Ses résolutions n'ont, en droit international, aucune force obligatoire. Et pourtant, une bonne partie des pratiques œnologiques autorisées dans un verre de vin européen lui doit son cadre.
L'OIV n'a aucun pouvoir contraignant : ses résolutions sont adoptées par consensus et restent, en droit, de simples recommandations techniques. Ce qui les rend opposables, c'est un texte précis, l'article 3, paragraphe 2, du règlement délégué (UE) 2019/934, qui organise leur publication au Journal officiel de l'Union européenne. Le mécanisme, une fois qu'on le voit, ne se laisse plus oublier.
Le texte qui transforme une recommandation en droit européen#
J'ai relu ce règlement délégué un soir, sur EUR-Lex, un verre de sancerre posé à côté du clavier ; le texte n'a évidemment aucun arôme, mais il a la même rigueur froide qu'une fiche de dégustation bien tenue, tout en colonnes et en renvois. Voici ce qu'il dit, mot pour mot, à son article 3, paragraphe 2 : « La Commission publie au Journal officiel de l'Union européenne, série C, les fiches du code des pratiques œnologiques de l'OIV visées dans la colonne 2 du tableau 1 et dans la colonne 3 du tableau 2 qui figurent à l'annexe I, partie A, du présent règlement. »
Ce n'est pas un renvoi général à l'intégralité des recueils de l'OIV. Le droit européen ne dit pas « appliquez le code OIV ». Il liste, dans ses propres annexes, les fiches précises qu'il retient, et c'est ce renvoi annexé qui leur donne effet dans l'ordre juridique européen ; la publication en série C, elle, met le contenu de ces fiches à la disposition de tous. Le règlement de base, celui qui fixe le cadre commun de l'organisation des marchés viticoles, portait déjà l'intention dans son préambule : « Afin de se conformer aux normes internationales, s'agissant d'autres pratiques œnologiques, il convient que la Commission tienne compte des pratiques œnologiques recommandées par l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). » C'est un considérant, une déclaration d'intention en tête de texte, pas l'article opérationnel qui organise le renvoi lui-même ; celui-là, c'est le règlement délégué 2019/934 qui le porte.
Résolution, consensus, renvoi : la mécanique en trois temps#
Le SERP, quand on le consulte sur l'OIV, répète en boucle qu'elle « influence la réglementation », sans jamais montrer comment. La mécanique tient pourtant en trois étapes, et chacune a son texte. D'abord, une résolution technique est discutée puis adoptée par l'assemblée générale de l'OIV, non pas à la majorité, mais par consensus : selon l'Association internationale de droit viti-vinicole, « conformément aux définitions de l'OMC, dans le cadre de l'Accord sur les Obstacles Techniques au Commerce, les normes de l'OIV qui ont un caractère volontaire sont adoptées par consensus sur des fondements scientifiques avérés ». Elle n'a, à ce stade, aucune force contraignante nulle part. Ensuite, la Commission européenne choisit de reprendre certaines de ces fiches techniques, celles qui concernent les pratiques œnologiques autorisées comme la chaptalisation ou l'usage des sulfites en vinification, et les intègre dans les annexes de son propre règlement. Enfin, ce renvoi annexé referme la boucle, et la publication au Journal officiel prévue par l'article 3 paragraphe 2 en rend le contenu consultable : ce qui était une recommandation technique devient opposable dans les États membres de l'Union.
Je ne sais pas trop si ce mécanisme relève de l'élégance juridique ou de la simple commodité administrative, et je n'ai pas tranché en écrivant ces lignes. Ce qui me frappe, c'est qu'il existe des dizaines de textes de ce genre dans le droit du vin, sans qu'aucun ne se signale au lecteur ordinaire : on boit un vin conforme à une norme votée à l'unanimité d'États qui n'ont, individuellement, pas voix contraignante.
Depuis quand l'OIV existe-t-elle ?#
L'organisation actuelle n'est pas née d'un coup. Une chronologie s'impose, parce que la plupart des fiches courtes trouvées en ligne compriment un siècle en une phrase.
| Date | Événement |
|---|---|
| 29 novembre 1924 | Création de l'Office international du vin, à l'issue de la conférence de Gênes (selon les sources encyclopédiques consultées) |
| 5 décembre 1927 | Séance constituante de l'Office |
| 1958 | L'Office devient l'Office International de la Vigne et du Vin |
| 3 avril 2001 | Accord fondant l'OIV sous sa forme actuelle |
| 1er janvier 2004 | Entrée en vigueur de l'accord, après le dépôt du 31e instrument de ratification |
| 12 juillet 2021 | Annonce du transfert du siège à Dijon |
| 12 octobre 2024 | Inauguration effective du nouveau siège à Dijon |
| 2024 | La Chine rejoint l'OIV, dernier État membre en date |
Un siècle de vocabulaire aussi : l'Office de 1924, l'Office International de la Vigne et du Vin de 1958, et l'OIV de 2001, sous ce nom-là, avec un accord international qui la refonde plutôt qu'il ne la crée à partir de rien.
Un club à 50 États qui pèse 85 % de la production mondiale#
Aujourd'hui, l'OIV compte 50 États membres. Ensemble, ils représentent 85 % de la production mondiale de vin et près de 80 % de la consommation mondiale, selon les chiffres affichés sur le site de l'organisation. Ce n'est pas un club figé : la Chine l'a rejointe en 2024, devenant le membre le plus récent, celui que l'OIV présente elle-même comme le premier nouveau membre de son second siècle. À l'inverse, les États-Unis, membres de l'ancien Office international du vin depuis 1984, ont quitté l'organisation en 2001, en annonçant une décision qualifiée d'« irrévocable », jugeant la réforme alors en cours insuffisante pour en faire une organisation véritablement internationale. Ils figurent depuis dans la liste des anciens États membres, absents du tableau de 2026.
Le siège de l'OIV a-t-il toujours été à Dijon ?#
Non, et confondre les deux dates serait une erreur de lecture assez fréquente. Le siège historique était à Paris, pas à Dijon. Le choix de Dijon a été annoncé le 12 juillet 2021, avec un nouveau siège à l'hôtel Bouchu de Lessart pour un déménagement prévu au printemps 2024. L'inauguration effective, elle, n'a eu lieu que le 12 octobre 2024, plusieurs années après la décision. Deux dates, deux moments distincts, et une réserve à poser honnêtement : ces dates reposent sur une source encyclopédique, corroborée par un communiqué de l'OIV mentionnant les locaux dijonnais déjà en usage, mais je n'ai pas retrouvé de communiqué officiel qui date l'inauguration au caractère près.
Une organisation centenaire qui change d'adresse une seule fois en un siècle, et met trois ans à le faire : le calendrier en dit long sur son rythme propre.
Ce que l'OIV n'est pas#
Une confusion revient souvent, y compris chez des amateurs qui suivent le sujet depuis longtemps : l'OIV n'est ni l'INAO, ni FranceAgriMer. L'OIV est une organisation intergouvernementale mondiale, cinquante États sur plusieurs continents ; l'INAO et FranceAgriMer sont des institutions françaises, d'une tout autre nature, qui gèrent respectivement les appellations d'origine françaises et le classement des variétés autorisées à la vigne. L'Union européenne, quant à elle, n'édicte pas ses propres normes œnologiques depuis zéro : elle renvoie, par les textes cités plus haut, à des normes techniques déjà établies au niveau mondial par l'OIV. Trois échelons, trois logiques, et aucun des trois n'a vocation à se substituer aux deux autres.
Budget et prochain rendez-vous mondial#
L'OIV publie deux fois par an, en avril et en octobre, une note de conjoncture vitivinicole mondiale, et son rapport annuel complet paraît généralement au deuxième trimestre de l'année suivante. Son fonctionnement repose principalement sur les cotisations annuelles de ses États membres et de ses observateurs, pour un budget évalué à environ 2,5 millions d'euros par an hors congrès annuel, selon les données disponibles en ligne (un chiffre que je n'ai pas pu recouper avec un document financier officiel de l'organisation, à prendre avec cette réserve). Le prochain grand rendez-vous, le 47e Congrès mondial de la vigne et du vin, se tiendra du 12 au 16 octobre 2026 à Yinchuan, dans le Ningxia chinois, conjointement à la 24e Assemblée générale de l'OIV. Le même corpus européen qui reprend les fiches du code OIV encadre aussi, par d'autres articles, les rendements autorisés de chaque appellation : deux mécaniques distinctes, une même logique de renvoi.
Questions fréquentes sur l'OIV#
L'OIV peut-elle imposer une règle aux producteurs de vin ?#
Pas directement. Ses résolutions sont adoptées par consensus et restent, en droit international, des recommandations volontaires. Ce qui les rend opposables en Europe, c'est le renvoi explicite organisé par l'article 3, paragraphe 2, du règlement délégué (UE) 2019/934, qui publie au Journal officiel les fiches retenues.
Depuis quand l'OIV existe-t-elle ?#
Sous sa forme actuelle, depuis l'accord du 3 avril 2001, entré en vigueur le 1er janvier 2004. Son ancêtre, l'Office international du vin, a été créé le 29 novembre 1924 et est devenu l'Office International de la Vigne et du Vin en 1958.
L'OIV et l'INAO, quelle différence ?#
L'OIV est une organisation intergouvernementale mondiale de 50 États, qui recommande des pratiques œnologiques. L'INAO est une institution française, qui homologue les cahiers des charges des appellations d'origine. Les deux ne se substituent jamais l'une à l'autre.
Combien de pays sont membres de l'OIV aujourd'hui ?#
50 États membres, selon le comptage affiché sur le site de l'organisation. Ensemble, ils représentent 85 % de la production mondiale de vin et près de 80 % de la consommation mondiale. La Chine, arrivée en 2024, en est le membre le plus récent.
Où est basée l'OIV depuis son déménagement ?#
À Dijon, à l'hôtel Bouchu de Lessart. Le choix de Dijon a été annoncé le 12 juillet 2021, mais l'inauguration effective du nouveau siège n'a eu lieu que le 12 octobre 2024 ; le siège historique, avant ce transfert, était à Paris.
Sources#
- OIV, page « Member States and Observers »
- OIV, textes fondamentaux
- Wikipedia FR, « Organisation internationale de la vigne et du vin »
- Règlement délégué (UE) 2019/934 de la Commission, EUR-Lex
- Règlement (UE) n° 1308/2013, EUR-Lex
- Association internationale de droit viti-vinicole, page « OIV »
- OIV, communiqué sur le 47e Congrès mondial
- Vitisphere, « Les USA quittent l'Office International des Vins »





