Aller au contenu
Vignoble de Provence hors rosé : Bandol, Palette, Bellet

Vignoble de Provence hors rosé : Bandol, Palette, Bellet

Par Antoine R.

9 min de lecture
Lien copié dans le presse-papiers
Antoine R.

Rendement de base de 40 hl/ha, égal au butoir, dix-huit mois minimum en fûts pour les rouges : sur le papier, ces paramètres ne ressemblent pas à du vin de plage. Ils décrivent Bandol, où le mourvèdre règne comme cépage roi. Avec Palette et Bellet, trois AOC font du vignoble de Provence bien autre chose qu'un producteur de rosé, même si le chiffre le plus cité dit presque l'inverse.

Réponse directe : le vignoble de Provence produit environ 90 % de rosé, mais ce chiffre ne porte que sur les trois AOC du CIVP, selon le bilan CIVP 2024. Bandol fait des rouges de garde à base de mourvèdre, Palette des blancs confidentiels sur à peine 43 hectares, dernière superficie publiée, en 2009, et Bellet, souvent présenté comme le seul vignoble urbain en AOC, est planté sur les terrasses de Nice.

Bandol : le mourvèdre, un cahier des charges, dix-huit mois en fûts#

L'appellation date du décret du 11 novembre 1941. Le vignoble couvre environ 1 600 hectares sur huit communes, en restanques orientées plein sud face à la mer. Les sols sont caillouteux, en majorité calcaires : peu fertiles, bien drainés. Le terrain pousse à la maturité plutôt qu'à la quantité : c'est le compromis de Bandol.

Le cépage roi est le mourvèdre : 50 à 95 % de l'encépagement pour les rouges, 20 à 95 % pour les rosés, selon le cahier des charges de l'AOC Bandol, homologué par arrêté du 11 août 2026. Le grenache (détaillé dans son portrait de cépage caméléon) et le cinsault complètent le trio, dont au moins deux sont obligatoires ; syrah et carignan restent limités à 10 % chacun. Côté blancs, la clairette tient la place (30 à 95 % de l'encépagement), avec l'ugni blanc, le bourboulenc et des accessoires comme le rolle.

Les rouges ont une aptitude au vieillissement de dix ans et plus, classiquement servis sur le gibier et la venaison. Le cahier des charges a évolué récemment : neuf cépages VIFA y ont été autorisés en avril 2025 (mourvaison N, counoise N, xinomavro N, calabrese N et agiorgitiko N pour les rouges et rosés ; grenache B, carignan B, terret B et assyrtiko B pour les blancs), et les mourvèdres gris et blanc s'y sont ajoutés dans le cahier des charges homologué par arrêté du 11 août 2026, publié au BO Agri du 20 août 2026 : le mourvèdre gris G dans les trois couleurs, le mourvèdre blanc B dans les seuls blancs. L'adaptation du mourvèdre au réchauffement climatique fait l'objet d'un article dédié à Bandol. Quand je faisais mes premières campagnes dans des caves coopératives, le rendement butoir était le premier chiffre qu'on apprenait à respecter. Un rendement de base qui sert de plafond, c'est une rareté gérée par le texte plutôt que par le marketing.

Palette : 43 hectares en 2009, des blancs qui se comptent#

Le palette est reconnu comme appellation d'origine contrôlée par le décret du 28 avril 1948. Avec 43 hectares en 2009, dernière donnée publiée par le cahier des charges, c'est l'une des deux appellations les plus petites du vignoble de Provence, avec le bellet. Les sols, argilo-calcaires caillouteux, reposent sur les calcaires lacustres de Langesse et du Montaiguet, au pied du cirque de l'Arc : environ 300 jours de soleil par an, rendement de base de 45 hl/ha, selon le cahier des charges de l'AOC Palette, homologué par arrêté du 4 juillet 2024.

C'est le blanc qui fait l'intérêt. L'araignan, dit picardan, le bourboulenc, la clairette et la clairette rose sont les cépages principaux, au minimum 55 % de l'encépagement. Le rouge s'appuie sur le cinsault, le grenache et le mourvèdre (10 % minimum) ; l'ensemble des cépages principaux doit peser au moins 50 %, aucun ne peut dépasser 80 %. L'élevage des rouges court jusqu'au 1er avril de l'année N+2, dont 18 mois minimum en bois.

En 2009, dernière donnée publiée par le cahier des charges INAO, l'appellation produisait 1 600 hectolitres par an pour cinq vignerons : sur une surface pareille, on produit peu.

Bellet : le vignoble urbain de Nice#

Classé en AOC par le même décret du 11 novembre 1941 que Bandol, Bellet est souvent présenté comme le seul vignoble urbain possédant une appellation. L'aire de production est limitée à la commune de Nice : des terrasses surplombant entre 200 et 400 mètres la rive gauche du Var, au nord-ouest du centre-ville.

Pour les rouges et les rosés, la folle noire (fuella) et le braquet composent au minimum 60 % de l'encépagement, et le braquet n'est cultivé en France que sur ces coteaux. Le blanc s'articule autour du rolle (60 % minimum), avec des accessoires dont le blanqueiron, cépage local, la mayorquin et le muscat à petits grains, selon le cahier des charges de l'AOC Bellet, décret n° 2011-1737 du 1er décembre 2011. Ces cépages autochtones sont détaillés dans la fiche AOC Bellet, et notre tour des vignobles urbains met le domaine en perspective. Précision importante : le muscat à petits grains n'est qu'un cépage accessoire des blancs, plafonné à 5 % de l'encépagement avec quatre autres variétés ; il n'existe pas d'appellation « Muscat de Bellet ».

L'appellation est la plus orientale du vignoble. En 2009, dernière donnée publiée par son cahier des charges, elle couvrait 55 hectares pour une production moyenne de 800 hectolitres par an, élaborée par onze caves particulières. Sur la répartition des couleurs, la même source, datée mais cohérente avec elle-même, donne 41 % de rouge, 23 % de rosé et 36 % de blanc.

Le chiffre de 90 % de rosé, et ce qu'il ne dit pas#

Le CIVP fédère depuis 2004 les trois appellations côtes-de-provence, coteaux-d'Aix-en-Provence et coteaux-varois-en-provence. Les côtes-de-provence restent l'appellation la plus étendue. Les sols régionaux sont très variés, schistes, phyllades, grès, mais les trois AOC de ce guide reposent sur le calcaire pour Bandol et Palette, et sur le grès pour Bellet. Selon le bilan CIVP 2024, environ 90 % de la production des Vins de Provence est rosé. La limite est celle du document : trois AOC, pas l'ensemble du vignoble de Provence toutes AOC et IGP confondues, sans pourcentage global par couleur publié.

La récolte 2024 des trois AOC CIVP s'est établie à 1 130 139 hectolitres au total, dont 1 001 589 hectolitres de rosé (89 %), 58 370 de rouge (5 %) et 70 180 de blanc (6 %), selon le bilan CIVP 2024. C'est, toujours d'après ce bilan, la plus petite récolte depuis 10 ans, avec deux années de baisse consécutives pour la première fois. Le reste est couvert par notre guide des rosés de Provence.

Les trois AOC, côte à côte#

CritèreBandolPaletteBellet
Décret AOC11 novembre 194128 avril 194811 novembre 1941
Superficieenviron 1 600 ha (8 communes)43 ha (2009)55 ha (2009)
Rouges (cépages princ.)mourvèdre 50 à 95 % ; grenache, cinsault (2 des 3 obligatoires)cinsault, grenache, mourvèdre (10 % min)folle noire, braquet (60 % min, rouges et rosés)
Blancs (cépages princ.)clairette 30 à 95 %, ugni blanc, bourboulencaraignan, bourboulenc, clairette, clairette rose (55 % min)rolle (60 % min)

Les seuls volumes publiés pour Palette et Bellet remontent tous deux à 2009, dernière donnée des cahiers des charges : 1 600 hectolitres par an pour Palette, 800 pour Bellet.

Questions fréquentes#

Quelle appellation provençale pour un rouge de garde ?#

Bandol : rendement de base de 40 hl/ha, égal au butoir, 18 mois minimum en fûts pour les rouges, et une aptitude au vieillissement de dix ans et plus, classiquement sur le gibier et la venaison.

Où se trouve exactement le vignoble de Bellet ?#

Entièrement sur la commune de Nice. L'aire de production est limitée à des terrasses qui surplombent entre 200 et 400 mètres la rive gauche du Var, au nord-ouest du centre-ville : c'est souvent présenté comme le seul vignoble urbain possédant une AOC.

Quel cépage domine les rouges de Bandol ?#

Le mourvèdre, cépage roi : de 50 à 95 % de l'encépagement pour les rouges, de 20 % à 95 % pour les rosés, selon le cahier des charges de l'AOC Bandol, avec le grenache et le cinsault dans le trio des principaux.

Le vignoble de Provence est-il vraiment à 90 % de rosé ?#

Le chiffre porte sur les trois AOC du CIVP, selon le bilan CIVP 2024 : 1 001 589 hectolitres de rosé sur 1 130 139 au total en 2024, toujours d'après ce bilan. Il ne s'applique pas au vignoble entier, toutes AOC et IGP confondues.

Sources#

Lien copié dans le presse-papiers

À lire aussi