Il fait clair sous les vignes de l'Anjou tourangeau, et la pierre blanche des caves souterraines renvoie la lumière. Le tuffeau, cette craie tendre du Turonien que l'on a creusée pour en tirer la pierre de taille, est devenu site d'élaboration et parfois de stockage du vin. C'est là, de part et d'autre de la Vienne et sur la rive droite de la Loire, que le cabernet franc a trouvé deux de ses visages français : Chinon et Bourgueil. Deux appellations reconnues le même jour, par le même décret du 31 juillet 1937, que le public confond et que les cahiers des charges distinguent avec précision.
Chinon et Bourgueil sont deux AOC rouges de Touraine dominées par le cabernet franc, reconnues toutes deux par le décret du 31 juillet 1937. Chinon s'étend sur la rive gauche de la Loire et quelques communes de la rive droite, produit aussi des blancs de chenin B et des rosés ; Bourgueil occupe huit communes d'Indre-et-Loire sur la rive droite, en rouges et rosés. Le rendement des deux appellations est fixé à 55 hectolitres par hectare ; le cahier des charges de Chinon plafonne le cabernet-sauvignon à 10 % de l'encépagement.
Un cépage venu de l'ouest#
Le cahier des charges de Chinon raconte l'arrivée du cépage : « déjà présent dans le Sud-ouest », le cabernet franc N a été « implanté dans la région, à cette époque, en remontant la Loire à partir de Nantes ». De là son surnom local, « breton », que Rabelais a fixé dans Gargantua en 1534, livre I, chapitre XIII : « ce bon vin de breton, lequel point ne croît en Bretagne mais en ce bon pays de Véron ». La citation vit dans le document officiel de l'appellation, pas dans une anthologie : c'est le cahier des charges qui la transmet.
Bourgueil, elle, ne cultive pas le doute sur l'encépagement : « Tous ces vins sont issus du cépage cabernet franc, parfois complété par le cabernet sauvignon (maximum 10 %) », écrit l'INAO sur sa fiche produit. Même plafond, même cépage roi, deux aires différentes.
Ce que fixent les cahiers des charges#
| Critère | Chinon | Bourgueil |
|---|---|---|
| Reconnaissance | Décret du 31 juillet 1937 | Décret du 31 juillet 1937 |
| Cépage principal | Cabernet franc N | Cabernet franc |
| Cépage accessoire | Cabernet-sauvignon N, 10 % maximum | Cabernet sauvignon, maximum 10 % |
| Vins blancs | Chenin B | Rouge et rosé seulement |
| Rendement | 55 hl/ha, butoir 67 hl/ha en rouges et rosés | 55 hl/ha autorisés |
| Aire | Rive gauche de la Vienne et coteaux, plus des communes de rive droite comme Benais ou Saint-Nicolas-de-Bourgueil | Huit communes d'Indre-et-Loire, rive droite de la Loire |
| Repères récents | Superficie passée de 550 hectares en 1937 à 2 400 en 2009 | 65 366 hectolitres récoltés en 2015, dont 5 % en rosé |
Le rendement moyen de Bourgueil sur les dix dernières années, 42,5 hectolitres par hectare, dit une chose que les rendements autorisés masquent souvent : l'écart entre le plafond administratif et la pratique réelle. Le fonctionnement du rendement d'une AOC, fixé chaque année par arrêté, explique pourquoi ces deux chiffres ne racontent pas la même histoire.
La géographie, pas le marketing#
Les deux aires se touchent sans se confondre. Le cahier des charges de Chinon liste des communes de la rive droite, Benais, La Chapelle-sur-Loire, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Saint-Patrice, là où Bourgueil revendique huit communes autour de son village éponyme. Et Saint-Nicolas-de-Bourgueil, justement, est une AOC distincte, avec son propre cahier des charges : la fusionner avec Bourgueil est une confusion fréquente.
Sur le sol, la Vienne, l'Indre et la Loire ont, par l'érosion, dégagé coteaux et rebords de plateaux ; de part et d'autre de la Vienne, le vignoble occupe les coteaux et les plateaux. Les rouges de Chinon, dans les carrières de tuffeau qui les élèvent à température constante, prennent cette trame végétale et poivrée que le cabernet franc sait donner quand il n'est pas pressé par la chaleur.
Par où les goûter#
Le guide des vins de Loire déroule la route complète ; les blancs voisins sont couverts par Sancerre et Pouilly-Fumé. Pour comprendre le cépage hors de Loire, le malbec de Cahors est son cousin du Sud-Ouest d'où il est venu, et le cabernet-sauvignon son ombre bordelaise. Une fois les chiffres posés, la différence entre Chinon et Bourgueil tient à l'aire, aux blancs de chenin de Chinon et aux volumes que chaque syndicat accepte de publier. Le cépage, lui, est le même des deux côtés de la Vienne, et le tuffeau des carrières où les rouges s'élèvent aussi.
FAQ#
Chinon et Bourgueil sont-ils la même appellation ?#
Non. Deux AOC distinctes, reconnues le même jour par le décret du 31 juillet 1937, sur des aires différentes : Chinon de part et d'autre de la Vienne avec des communes de rive droite, Bourgueil sur huit communes d'Indre-et-Loire en rive droite de la Loire.
Quel cépage domine les rouges de Chinon et Bourgueil ?#
Le cabernet franc dans les deux. Le cabernet-sauvignon reste accessoire, plafonné à 10 % de l'encépagement à Chinon comme à Bourgueil. Chinon produit aussi des blancs issus du chenin B.
Quel est le rendement de ces appellations ?#
55 hectolitres par hectare pour les deux, avec un rendement butoir de 67 hl/ha en rouges et rosés à Chinon. À Bourgueil, le rendement moyen des dix dernières années ressort à 42,5 hl/ha, loin du plafond autorisé.
Saint-Nicolas-de-Bourgueil fait-il partie de Bourgueil ?#
C'est une AOC distincte, avec son propre cahier des charges, même si sa commune apparaît dans l'aire de Chinon. La confondre avec Bourgueil est une erreur fréquente.
Sources#
- INAO - Cahier des charges de l'AOC Chinon, consulté le 2026-10-07
- INAO - Note de modification du cahier des charges AOC Bourgueil, consulté le 2026-10-07
- INAO - Fiche produit Bourgueil rouge, consulté le 2026-10-07





