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Fête des Vins de Gaillac 2026 : Mauzac, Braucol, Duras

Fête des Vins de Gaillac 2026 : Mauzac, Braucol, Duras

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

La lumière de fin juillet s'accroche encore aux arbres centenaires quand les premières bouteilles s'ouvrent. Sous les frondaisons du Parc Foucaud, ce jardin à l'anglaise du XIXe siècle qui surplombe le Tarn, avec le château en toile de fond, se tient chaque été l'un de ces rendez-vous que le calendrier gaillacois n'oublie jamais. La Fête des Vins de Gaillac revient pour sa 47e édition, du vendredi 31 juillet 2026, à partir de 17 heures, au dimanche 2 août. Trois jours pour goûter des vins que l'on ne fait, pour certains, nulle part ailleurs.

Je dis bien nulle part ailleurs. Car c'est là que tient tout l'intérêt de Gaillac, et ce qui me ramène régulièrement dans ce coin du Tarn : un bouquet de cépages autochtones que la mode n'a jamais réussi à effacer. Mauzac, Len de l'El, Ondenc, Muscadelle pour les blancs. Duras, Braucol, Prunelard pour les rouges. Des noms que l'on ne croise pas sur les étiquettes internationales, et c'est précisément ce qui fait leur prix.

Trois jours sous les arbres du Parc Foucaud#

Le format n'a rien de guindé. On entre gratuitement en journée, on paie huit euros le soir, verre inclus, pour les concerts et les animations. La billetterie annonce une quarantaine de vignerons et de domaines de l'appellation, réunis sous les arbres, chacun derrière ses cuvées.

Le programme mêle le sérieux et le festif sans trancher. Ateliers de dégustation, jeux, musique ambulante le vendredi, orchestre le samedi soir, feu d'artifice le dimanche. La Maison des Vins propose ses dégustations guidées, autour de dix euros la séance, pour qui veut comprendre plutôt que seulement boire. Et puis il y a la messe des vignerons, le dimanche en fin de matinée, une tradition maintenue depuis les premières éditions. On peut sourire de cette survivance rituelle. Moi j'y vois plutôt la trace d'un métier qui n'a jamais tout à fait cessé d'être un rapport au temps long, aux saisons, à ce que le sol veut bien donner.

Des cépages qui n'existent presque qu'ici#

Venons-en au cœur. Le Mauzac, d'abord, colonne vertébrale des blancs gaillacois, celui qui porte la pomme mûre et la note de coing. Le Len de l'El ensuite, dont le nom occitan, Loin de l'Œil, tient à une particularité botanique : la grappe, portée par un long pédoncule, s'éloigne du bourgeon qui l'a fait naître. J'aime cette idée d'un raisin qui prend ses distances avec son origine. On complète avec l'Ondenc, plus rare, et la Muscadelle, que Bordeaux connaît mieux.

Côté rouge, le Duras donne des vins épicés, poivrés, et le Braucol, que l'on appelle aussi Fer Servadou, porte une histoire de voyage. Il viendrait du Pays basque espagnol, largement diffusé au Moyen Âge par les pèlerins de retour de Saint-Jacques-de-Compostelle. À Marcillac, on le nomme Mansois. Un même cépage, plusieurs noms selon les vallées : toute une géographie du goût tient dans ces synonymes.

Reste le Prunelard, et c'est peut-être la plus belle histoire du lot. Ce raisin noir avait été donné pour perdu après la crise du phylloxéra. On l'a réintroduit dans les années 1990, notamment grâce au travail du domaine Plageoles, avant qu'il ne soit officiellement réintégré au cahier des charges de l'AOC en 2008. En 2017, il passait du statut de cépage accessoire à celui de cépage principal, autorisé désormais en monocépage. Une résurrection lente, patiente, comme il en existe d'autres parmi ces cépages sauvés de l'oubli que la gastronomie redécouvre aujourd'hui.

À côté de ce socle ancien, la Syrah et le Gamay se sont invités plus récemment, ce dernier adopté dans les années 1970. Ils élargissent la palette sans effacer les anciens. C'est un équilibre que Gaillac tient mieux que d'autres vignobles du grand Sud-Ouest, dont on retrouve les figures majeures dans mon guide de Cahors, Madiran et Gaillac.

La bulle qui finit sa course en bouteille#

Il y a une chose que Gaillac fait, et que le reste de la France a longtemps ignorée : sa propre manière de faire des bulles. On l'appelle la méthode ancestrale, ou méthode gaillacoise. Le principe tient en une phrase. On met le vin en bouteille avant la fin de sa fermentation alcoolique, et celle-ci s'achève à l'intérieur, sans ajout de sucre ni de liqueur d'expédition. La prise de mousse se fait toute seule, portée le plus souvent par le Mauzac.

C'est l'inverse exact de la logique champenoise, où l'on relance une seconde fermentation avec un ajout de sucre. Ici, rien. Juste le sucre naturel du raisin qui n'a pas encore fini son travail. Le résultat est vivant, un peu imprévisible, souvent moins alcoolisé, avec cette pointe de fruit que le dosage a tendance à gommer ailleurs. La première fois que j'en ai bu un vraiment abouti, chez un vigneron qui refusait les levures industrielles, j'ai compris que la mode actuelle du pét-nat ne faisait souvent que redécouvrir, sous un nom plus branché, ce que Gaillac pratiquait depuis des siècles.

Faut-il pour autant parler d'ancêtre unique et incontesté de toutes les bulles françaises ? Sur ce point, j'hésite. Les revendications d'antériorité entre vignobles sont un terrain glissant, où l'orgueil local pèse souvent plus lourd que les archives. Disons que Gaillac tient là un savoir-faire propre, exclusif, et que cela suffit à sa singularité.

Un vignoble qui compte ses siècles#

Gaillac ne se contente pas d'être original, il est vieux. Très vieux. Les historiens du vin Roger Dion et Marcel Lachiver le considèrent, avec la Côte-Rôtie, comme le plus ancien vignoble de France. À Montans, on a retrouvé des tessons de poterie datant du IIe siècle avant notre ère, preuve d'une activité viticole antérieure à l'occupation romaine.

La reconnaissance officielle, elle, viendra bien plus tard. Le vin de Gaillac est reconnu appellation d'origine dès 1922 par le tribunal de Gaillac, les blancs obtiennent l'AOC en 1938, les rouges et les rosés seulement en 1970. Aujourd'hui, l'appellation couvre des styles nombreux : blanc sec, blanc doux, blanc perlé, effervescent en méthode ancestrale, rouge, rosé. Rare est le vignoble qui décline ainsi toute la gamme.

Sur les surfaces, prudence. Les chiffres varient selon le périmètre et l'année de référence. L'interprofession des vins de Gaillac avance 6 800 hectares au total, dont 3 150 en AOP, avec une majorité de rouge, quand certaines statistiques encyclopédiques ne retiennent que 2 308 hectares en 2024 pour le cœur de l'appellation. L'écart va du simple au double, et je ne trancherai pas : il dit surtout combien un vignoble se mesure différemment selon qu'on compte l'AOC seule ou l'ensemble des vins produits sur ses coteaux.

Ce que je retiens de Gaillac, au fond, ce n'est pas un chiffre. C'est cette obstination discrète à cultiver des raisins que personne d'autre ne cultive, à faire des bulles à sa façon, à garder vivant un vocabulaire du goût que l'uniformisation menace partout ailleurs. La 47e Fête des Vins, sous les arbres du Parc Foucaud, en est le rendez-vous le plus simple. Un verre à la main, on y touche du doigt un terroir qui a refusé de se ressembler à tous les autres.

Sources#

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