Halles de Beaune, dimanche 15 novembre 2026. La 166e vente des Hospices de Beaune se tiendra sous le mandat renouvelé de Sotheby's, signé le 6 janvier 2026 pour la période 2026-2030. La maison britannique succède donc à elle-même : Sotheby's avait pris la suite de Christie's à partir de la 161e vente en 2021, et a depuis orchestré les trois résultats les plus élevés de l'histoire de la vente caritative. La cause 2026 est officielle depuis le 28 avril dernier : les maladies rares. L'appel à candidatures aux associations est ouvert jusqu'au 15 juin, la sélection des bénéficiaires interviendra en septembre.
C'est la première chose à dire pour qui s'intéresse au marché bourguignon : tout est calé. La date, l'opérateur, la cause. Reste à savoir ce qui va se passer sous le marteau.
Le précédent de novembre 2025 : un record qui pose une question#
La 165e vente s'est conclue le 16 novembre 2025 à 18 754 670 € au marteau, 20 223 043 € avec les frais d'acheteur. Troisième meilleur résultat de l'histoire, derrière les éditions 2022 et 2023. Prix moyen à la pièce : 33 930 €, soit une hausse de 4,6 % sur 2024 et la cinquième année consécutive au-dessus des 30 000 € par pièce. Le catalogue affichait 539 lots (428 rouges, 111 blancs) et 52 cuvées, un record permis par le don exceptionnel de quatre ouvrées de Clos de Vougeot Grand Cru consenti par la famille Faiveley pour le bicentenaire (1825-2025) du domaine éponyme. Les deux pièces de la nouvelle cuvée François Faiveley ont été adjugées à 165 000 € et 170 000 €.
La Pièce des Présidents a marqué l'événement : un Pommard Premier Cru Les Rugiens emporté à 400 000 €, soit 40 000 € de plus que l'édition 2024. Premier détail à noter, c'est un record pour un Premier Cru en Pièce des Présidents, pas pour un Grand Cru (le record absolu reste les 810 000 € de 2022 sur un lot Grand Cru). Second détail, plus significatif : l'adjudicataire est Li Zhongliang, entrepreneur pékinois actif dans l'intelligence artificielle médicale et le bois de teck. Pas un négociant historique. Pas un investisseur asiatique sous contrat de revente. Un acheteur final, venu en personne. La vente avait réuni 700 enchérisseurs, et duré 6 h 30. Sotheby's avait mené 24 événements de promotion dans 17 pays.
Aux Hospices cette année, la question qui revient dans les couloirs est simple : ce signal pékinois annonce-t-il un retour de la demande asiatique premium, ou s'agit-il d'une anecdote individuelle ?
Le millésime 2025 entre les mains de Ludivine Griveau#
Le domaine des Hospices Civils de Beaune couvre 60 hectares en 120 parcelles, dont 85 % en Premiers et Grands Crus. Cinquante hectares de Pinot Noir, dix de Chardonnay, vingt-trois viticulteurs salariés. Le domaine a obtenu sa certification bio en 2024. Sur ce vignoble, Ludivine Griveau exerce comme régisseur depuis janvier 2015. Première femme à ce poste en deux cents ans, ingénieure agronome ENESAD, œnologue Dijon, formée chez Antonin Rodet et Jacques Prieur, nommée Chevalière de l'Ordre National du Mérite en 2019.
Le millésime 2025 reprend la même volumétrie que 2024 sur la vente : 539 pièces, dont 428 rouges, 110 blancs et 2 demi-pièces blanches. Pour le profil, le domaine retient la formule officielle de Griveau : « Intense, Expressif et Délicat ». Vendanges précoces dans les blancs (22 août à Meursault, 25 août à Corton), pause pour la pluie, reprise le 5 septembre en Côte de Nuits, fin le 7 septembre. À l'échelle régionale, le millésime 2025 marque un rebond de 45 % en volume après la catastrophe mildiou de 2024 (qui avait coûté 50 % du Pinot Noir et 25 % du Chardonnay en Côte d'Or, selon les données BIVB). Les rouges 2025 se présentent en petites baies issues du millerandage, tanins soyeux, alcool modéré entre 12,5 et 13,5 %, couleur soutenue. Les blancs gardent une tension minérale notable, avec une précision aromatique soulignée par les premières dégustations professionnelles dont nous avons rendu compte récemment (Bourgogne 2025 : ce que disent les dégustations de mai).
Sur ce millésime, je garde une réserve. Le profil annoncé par le domaine recoupe ce que l'on entend ailleurs en Côte d'Or, mais les dégustations en barrique ne valent jamais celles en bouteille. Les écarts entre prédictions de novembre et confirmations de juin sont parfois sévères. On verra. La vraie première dégustation pro de la 166e cuvée aura lieu en novembre, deux jours avant la vente.
Vingt-trois appellations, deux nouveautés à suivre#
Le catalogue des Hospices couvre deux Côtes (Nuits et Beaune) plus deux appellations périphériques. En Côte de Nuits, quatre Grands Crus : Echezeaux, Clos de la Roche, Clos de Vougeot (incluant la nouvelle cuvée Faiveley depuis 2025), Mazis-Chambertin. En Côte de Beaune, on trouve les classiques de la maison : Beaune (environ 20 ha, le plus gros poste du domaine), Pommard, Volnay, Savigny-lès-Beaune, Corton Grand Cru, Puligny-Montrachet, Bâtard-Montrachet Grand Cru, Meursault, Saint-Romain, Monthélie, Auxey-Duresses, Pernand-Vergelesses. Hors Côte : Chablis Premier Cru et Pouilly-Fuissé. Le rapport entre Bâtard-Montrachet et le marché des Grands Crus blancs s'est tendu en 2025 : deux pièces de Bâtard ont touché 400 000 € chacune, second record consécutif pour ce Grand Cru blanc.
La parcelle, plus que le millésime : voilà ce qui structurera les enchères 2026. Sur la Pièce des Présidents, le choix de la cuvée (Premier Cru ou Grand Cru, rouge ou blanc) n'est pas annoncé en mai. Traditionnellement, l'information sort à l'automne avec les noms des Présidents animateurs de la vente. En 2025, le quatuor était Cédric Klapisch, Alice Taglioni, Vincent Lacoste et Martin Solveig, au profit d'EHCO et de l'Institut Robert-Debré du cerveau de l'enfant.
Le marché bourguignon début 2026 : signaux contradictoires#
C'est ici que la lecture devient plus difficile. Plusieurs indicateurs pointent dans des directions opposées, et la 166e vente arrivera dans ce contexte trouble.
Côté exports, la Bourgogne a clôturé 2024 sur un record absolu : 1,645 milliard d'euros, soit une hausse de 8,9 % en volume et 9,3 % en valeur. Sur les sept premiers mois 2025, la dynamique se maintient à plus de 57 millions de bouteilles (+5,6 %) pour 951 millions d'euros (+2,7 %). Premier marché : les États-Unis (+15,9 % en volume, +26,2 % en valeur en 2024). Suit le Royaume-Uni, puis le Japon. Détail révélateur du nouveau classement : la Suède est entrée au top 4 en 2025, dépassant le Japon.
Côté Chine, le tableau est plus nuancé. Le marché chinois est devenu le 7e marché en valeur pour la Bourgogne, avec environ 3 millions de bouteilles en 2024 (le double du chiffre 2015). Mais sur les neuf premiers mois 2025, les exportations bourguignonnes vers la Chine se sont tassées : +1,4 % en volume, mais -1,7 % en valeur, à 2,46 millions de bouteilles et 46,7 millions d'euros. Selon des analyses sectorielles, l'ensemble des vins français a reculé de 43 % en volume et 38 % en valeur sur le premier semestre 2025 en Chine, avec une chute de 31 % spécifiquement sur la Bourgogne. La concurrence australienne (+187 %) et chilienne (+41 %) a pris des parts de marché, pendant que les vins chinois locaux ont consolidé leur part domestique à 64 % en 2025 contre 52 % en 2022. Les droits de douane chinois sur les vins européens auraient également augmenté en janvier 2025, passant de 14 à 29 % selon ces mêmes analyses.
Le 8 décembre 2025, la visite présidentielle française à Pékin a abouti à l'enregistrement de 70 nouvelles AOP de Bourgogne. Sur les 84 appellations de la région, 80 sont désormais protégées en Chine. C'est un acquis juridique solide pour ouvrir une fenêtre de reconquête. Reste à voir si la demande suit.
Le signal côté revente est plus net : selon Vinetur, l'indice WMJ150 a progressé de 2,31 % au premier trimestre 2026, et la Bourgogne a tiré la reprise avec une hausse de 20,7 % sur le marché de la revente et des enchères (indice Fine & Rare Acker). Précaution d'usage : ce chiffre concerne la revente, pas les prix ex-domaine. À Wine Paris 2026 (63 541 visiteurs professionnels, +21 %), un vigneron bourguignon résumait l'humeur des acheteurs internationaux : « ils ne viennent pas pour du vin de Bourgogne, ils cherchent du Pommard ». Le marché premium et nominatif tient. Le marché générique souffre.
La pression foncière, l'autre histoire#
Pendant que les Hospices vendent leur récolte aux enchères, le foncier viticole bourguignon vit une course à part. Selon SAFER/DRAAF, le prix moyen des vignes Côte d'Or s'établit à 1 022 600 € l'hectare en 2024 (+11,3 % sur un an). Les Premiers Crus blancs Côte de Beaune atteignent 2 550 000 € l'hectare (+13,3 %). Le maximum absolu touche 6 646 188 € l'hectare sur certaines parcelles Romanée-Conti.
Le cas Poisot a marqué les esprits en 2024. Le domaine d'Aloxe-Corton (Corton Grand Cru, Romanée-Saint-Vivant Grand Cru, Pernand-Vergelesses) a dû céder 1,3 hectare à LVMH pour 15,5 millions d'euros, contraint par les droits de succession. C'est exactement le scénario que la réforme fiscale de février 2025 visait à corriger. Le plafond d'exemption des droits de succession est passé de 500 000 € à 20 millions d'euros, avec abattement de 75 % conditionné à un engagement de conservation sur 18 ans. La mesure protégera les transmissions à venir. Elle n'efface pas les capacités d'acquisition des groupes de luxe sur les parcelles libérées par les domaines familiaux fragiles.
Sur le terrain, la mécanique est simple. Une parcelle Premier Cru rapporte aux Hospices une recette d'enchère. La même parcelle vendue par un domaine familial sous pression fiscale rapporte un capital. Les premières sont publiques et caritatives. Les secondes sont silencieuses et privées. La 166e vente, c'est aussi un rappel que la propriété viticole bourguignonne reste exposée à des chocs externes que ni le millésime ni le marketing n'absorbent.
Ce que la 166e vente va dire#
Trois lectures possibles pour novembre 2026.
Si le total marteau dépasse les 18,75 M€ de 2025, avec un prix moyen supérieur à 34 000 € par pièce, on tient une confirmation : la Bourgogne premium résiste à la baisse de consommation mondiale, et le millésime 2025 a tenu ses promesses qualitatives. Le marché valide les fondamentaux.
Si la Pièce des Présidents reste autour de 350-400 000 € avec un acheteur asiatique identifiable, le signal Li Zhongliang de 2025 se transforme en tendance. Pas un retour massif, mais une demande de niche solidement adossée à des fortunes individuelles qui passent au-dessus des considérations diplomatiques sino-européennes.
Si les prix s'effritent, particulièrement sur les Côte de Beaune génériques, la fenêtre de protection AOP en Chine n'aura pas suffi à enrayer la décrue, et la pression foncière s'accentuera sur les domaines familiaux moyens. Les Premiers Crus blancs resteront sans doute portés par leur rareté structurelle.
En enchère, le prix dit l'inverse de ce qu'on attend parfois du marché de masse. Aux Hospices cette année, ce qui se vendra cher dira moins sur le millésime 2025 que sur la confiance des grands acheteurs dans la Bourgogne comme actif tangible. C'est cette confiance, plus que les notes de dégustation, qu'il faut surveiller dans les couloirs des Halles de Beaune le 15 novembre. Pour mémoire utile aux lecteurs qui veulent recomposer la chaîne complète, voir le profil régional du vignoble bourguignon, le bilan vendanges 2025 Bourgogne et l'angle climatique sur le Pinot Noir face au réchauffement.
Sources#
- Info-Beaune, 166e vente des Hospices Civils de Beaune, cause maladies rares
- Info-Beaune, renouvellement mandat Sotheby's 2026-2030
- Info-Beaune, résultats 165e vente, 18,75 M€ et nouvelle cuvée
- La Ferme de la Ruchotte, vente Hospices 2025, les chiffres
- Vino Joy, Chinese buyer pays record €400,000 for Hospices top lot
- Hospices de Beaune, le domaine et Ludivine Griveau
- Hospices de Beaune, millésime 2025
- BIVB / Vins de Bourgogne, communiqué exports 2024
- Info-Beaune, visite présidentielle Chine, 70 nouvelles AOP protégées
- Info-Beaune, réforme fiscale transmission viticole PLF 2025
- Vinetur, rebond marchés grands vins T1 2026
- Wein Plus, LVMH paie 15,5 M€ pour 1,3 ha en Bourgogne
- DRAAF Bourgogne-Franche-Comté, marché foncier et prix des terres viticoles





