Il y a des sigles qui circulent depuis plus de dix ans dans la presse viticole sans qu'on sache vraiment ce qu'ils recouvrent. LACCAVE en fait partie. Le nom apparaît régulièrement dès qu'un article évoque l'avenir des cépages ou le déplacement des vendanges, en général sans plus de détail que « selon une étude LACCAVE ». Le programme lui-même, sa durée, sa méthode, n'est presque jamais raconté pour lui-même. C'est ce vide que cet article comble, en repartant des pages officielles de l'INRAE plutôt que des raccourcis qui circulent sur son travail.
LACCAVE est un programme de recherche financé et coordonné par l'INRAE, lancé en 2012 et officiellement clos en décembre 2021, qui a mobilisé plus de cent chercheurs de vingt-cinq unités de recherche INRAE pour étudier l'adaptation de la filière viti-vinicole française au changement climatique. Il s'est déroulé en deux phases distinctes séparées par un creux de deux ans, et s'est achevé sur un exercice prospectif construit avec la filière.
Dix ans en deux temps : la chronologie du programme#
Le détail le plus souvent absent des pages qui citent LACCAVE, c'est justement sa forme dans le temps. Le programme n'a pas couru en continu de 2012 à 2021 : il s'est déroulé en deux phases séparées par un vide de deux ans, sans activité recensée entre elles.
| Période | Étape |
|---|---|
| 2012 | Lancement du programme LACCAVE |
| 2012-2016 | Phase LACCAVE 1.0 |
| 2016-2018 | Creux entre les deux phases, sans phase active recensée |
| Octobre 2018 | Lancement de LACCAVE 2.21 |
| 2018-2021 | Phase LACCAVE 2.21 |
| 24-26 novembre 2021 | Séminaire scientifique final à Montpellier |
| 30 novembre-2 décembre 2021 | Ateliers et conférences au salon SITEVI |
| 7 décembre 2021 | Communiqué de presse officiel de clôture |
La première phase a mobilisé vingt-trois laboratoires de recherche, sous la coordination scientifique de Jean-Marc Touzard, pour l'INRA de Montpellier, et Nathalie Ollat, pour l'INRA de Bordeaux. La seconde, LACCAVE 2.21, a repris le fil interrompu en 2018 pour le porter jusqu'à sa conclusion officielle trois ans plus tard.
Qui a financé et piloté le programme#
LACCAVE a été financé et coordonné par l'INRAE elle-même, d'abord au sein du métaprogramme ACCAF puis de son successeur CLIMAE, qui a hérité du dossier après la clôture. Le programme s'est appuyé sur un partenariat élargi : le CNRS, des universités, et des organisations professionnelles de la filière parmi lesquelles l'INAO, FranceAgriMer, les chambres d'agriculture, l'IFV et des syndicats d'appellation.
Cette gouvernance multi-acteurs explique en partie la largeur des disciplines couvertes : climatologie, écophysiologie, génétique, agronomie, pathologie végétale, œnologie, économie, sociologie, géographie, mathématiques. Un programme de recherche viticole qui embarque des sociologues et des mathématiciens, c'est rare, et c'est précisément ce qui distingue LACCAVE d'une étude technique classique sur l'adaptation variétale.
Je lis ce genre de bilan institutionnel avec un réflexe de lectrice habituée aux comptes rendus trop lisses : je cherche ce que le chiffre officiel choisit de ne pas dire. Ici, la production cumulée est fournie sans filtre : dix thèses soutenues, plus de cent articles scientifiques à comité de lecture depuis 2013, plus de deux cents présentations en conférences et séminaires, et plus de cinq cent trente apparitions média entre 2016 et 2021. Un volume qui, sur dix ans, reste modeste rapporté au nombre de chercheurs mobilisés.
La méthode prospective : quatre scénarios, sept ateliers en région#
LACCAVE ne s'est pas contenté de mesurer des impacts, il a construit une démarche prospective à l'horizon 2050, fondée sur le scénario médian du GIEC, avec une hausse d'environ deux degrés par rapport à la période de référence. Quatre scénarios en sont sortis : conservateur, nomade, avec un redéploiement spatial du vignoble, innovant et libéral.
Ces scénarios n'ont pas été rédigés en chambre. Ils ont été confrontés à la filière lors de sept ateliers participatifs régionaux, échelonnés entre fin 2016 et début 2019.
| Ville | Date de l'atelier |
|---|---|
| Bordeaux | Novembre 2016 |
| Épernay | 23 mars 2017 |
| Mâcon | 28 mars 2017 |
| Montpellier | 21 novembre 2017 |
| Avignon | 22 novembre 2017 |
| Colmar | 6 décembre 2017 |
| Saumur | 7 mars 2019 |
La géographie de ces sept étapes couvre l'essentiel des grandes régions viticoles françaises, de la Bourgogne à Mâcon jusqu'au Val de Loire à Saumur, en passant par Bordeaux, la Champagne à Épernay et l'Alsace à Colmar. Le détail des participants à chaque atelier n'est pas publié sur la page officielle, seule la liste des villes et des dates l'est. Honnêtement, je ne sais toujours pas très bien pourquoi un programme aussi structuré a choisi un sigle aussi peu mémorisable : LACCAVE ne m'évoque jamais un dossier scientifique au premier abord.
Ce que le programme a documenté sur la vigne#
Le bilan de clôture liste des impacts déjà constatés, sans toujours les chiffrer : des stades phénologiques plus précoces qui augmentent la vulnérabilité au gel de printemps, une avancée des dates de vendanges, un stress hydrique accru notamment dans le sud de la France, et une évolution de la composition des vins, avec une hausse du degré alcoolique et une baisse de l'acidité. Le programme documente aussi l'émergence de nouvelles zones favorables à la vigne, la Bretagne étant citée comme exemple.
Face à ces constats, LACCAVE a recensé des leviers d'adaptation qui se recoupent largement avec ceux qu'on retrouve dans le changement climatique et ses effets sur les vignobles français : la conservation et l'amélioration des sols viticoles, par une couverture végétale gérée et un apport de matière organique, le renouvellement du matériel végétal vers des cépages et porte-greffes plus tardifs et plus tolérants à la sécheresse, une gestion raisonnée de l'eau, des ajustements œnologiques, et une gestion économique du risque combinant assurance et soutien public.
LACCAVE a-t-il testé 52 cépages à Bordeaux ?#
Non, et c'est une confusion qui revient régulièrement dans les recherches sur le sujet. Le chiffre de 52 cépages appartient à un dispositif expérimental distinct : la parcelle VitAdapt, sur le domaine de la Grande Ferrade à Bordeaux, dans l'appellation Pessac-Léognan. Ce projet a été initié en 2007 et la parcelle installée en 2009, avec le soutien du CIVB et de la Région Aquitaine, suivie depuis par l'unité de recherche EGFV. VitAdapt y teste 52 cépages, 21 blancs et 31 rouges, sur plus de dix ans.
VitAdapt et LACCAVE partagent la même unité de recherche bordelaise, l'EGFV, et les résultats de la parcelle ont nourri la réflexion nationale sur l'adaptation variétale à laquelle LACCAVE a contribué. Leur gouvernance et leur financement restent pourtant distincts. Aucune page officielle de LACCAVE ne revendique de son côté un comptage de « 52 cépages testés ». Attribuer ce chiffre à LACCAVE, ce qu'on lit encore trop souvent, revient à mélanger deux dossiers qui n'ont ni le même financeur ni la même parcelle.
Le sujet mérite d'ailleurs qu'on s'y attarde, tant il rejoint ce que documentent d'autres cépages en tension avec la chaleur, comme le Riesling face au réchauffement ou le mourvèdre à Bandol.
LACCAVE s'est achevé sur un temps fort resserré, fin 2021 : un séminaire scientifique final à Montpellier du 24 au 26 novembre, puis des conférences et ateliers participatifs au salon SITEVI, du 30 novembre au 2 décembre. Le communiqué de presse officiel de clôture, daté du 7 décembre 2021, en a fixé le point final. Son contenu détaillé reste difficile d'accès, le document n'ayant pas pu être consulté au-delà de son titre et de sa date, mais son existence et sa date sont confirmées par recoupement.
Depuis, le dossier vit chez CLIMAE, le métaprogramme qui a succédé à ACCAF, sans qu'une suite directe et chiffrée n'ait été identifiée sur les pages consultées. Ailleurs en Europe, des outils comme Clima e Vite prennent le relais sur le terrain, avec d'autres moyens. Aucun programme du même nom n'a succédé frontalement à LACCAVE sur les pages consultées.
Ce genre de clôture nette, un communiqué, un séminaire, puis le silence institutionnel, dit quelque chose du rythme de la recherche publique : dix ans de travail collectif se referment en une semaine de colloque, et le grand public n'en retient, au mieux, qu'un sigle mal identifié.
Questions fréquentes#
Qu'est-ce que le programme LACCAVE ?#
LACCAVE est un programme de recherche financé et coordonné par l'INRAE, lancé en 2012 et clos en 2021, qui a étudié l'adaptation de la filière viti-vinicole française au changement climatique. Il a mobilisé plus de cent chercheurs de vingt-cinq unités de recherche INRAE, sur des disciplines allant de la climatologie à la sociologie.
LACCAVE a-t-il vraiment duré dix ans sans interruption ?#
Non. Le programme s'est déroulé en deux phases, LACCAVE 1.0 de 2012 à 2016 et LACCAVE 2.21 de 2018 à 2021, séparées par un creux de deux ans sans phase active recensée sur les pages officielles.
Quelle est la différence entre LACCAVE et VitAdapt ?#
LACCAVE est un programme national de recherche prospective sur l'adaptation viticole. VitAdapt est un dispositif expérimental distinct, une parcelle bordelaise de 52 cépages installée en 2009 avec le CIVB et la Région Aquitaine. Les deux partagent des équipes, pas leur gouvernance.
Qui a financé LACCAVE ?#
Le programme a été financé et coordonné par l'INRAE, au sein des métaprogrammes ACCAF puis CLIMAE, en partenariat avec le CNRS, des universités et des organisations professionnelles dont l'INAO, FranceAgriMer, les chambres d'agriculture et l'IFV.
Quels leviers d'adaptation LACCAVE a-t-il identifiés ?#
Le programme a documenté la conservation des sols viticoles, le renouvellement du matériel végétal vers des cépages plus tolérants à la sécheresse, une gestion raisonnée de l'eau, des ajustements œnologiques et une gestion économique du risque combinant assurance et soutien public.
Sources#
- LACCAVE : a ten-year research partnership to adapt viticulture to climate change, INRAE
- Édito du programme LACCAVE, INRAE
- Présentation du projet LACCAVE, INRAE
- Démarche prospective LACCAVE, INRAE
- Historique LACCAVE, CLIMAE INRAE
- Historique LACCAVE 2.21, CLIMAE INRAE
- Fiche projet LACCAVE, Centre de ressources pour l'adaptation au changement climatique
- Quels vins pour demain : à la recherche du bon cépage, INRAE






Comment le programme s'est refermé#