Une fiche métier promet une fourchette de salaire de vigneron approximative, une autre cite le SMIC de l'an dernier, une troisième mélange, sans le dire, le salarié qui taille les rangs et l'exploitant qui a mis sa maison en garantie pour acheter les vignes. Aucune ne va lire la grille conventionnelle en vigueur, aucune ne distingue le salaire d'un salarié viticole du revenu d'un exploitant. Les deux réalités n'ont pourtant rien de commun : l'une se lit sur un bulletin de paie encadré par une convention collective, l'autre se lit dans les comptes d'une exploitation qui peut, une année sur trois, ne rien laisser du tout.
Réponse directe : un salarié viticole relève de la convention collective de la production agricole et des CUMA (IDCC 7024), qui compte douze paliers ; au 29 septembre 2026, les trois premiers sont rattrapés par le SMIC à 12,31 euros de l'heure, et une nouvelle grille devient obligatoire le 1er octobre 2026. Un vigneron exploitant, lui, ne touche pas de salaire : en 2024, le résultat courant avant impôt par actif non salarié en viticulture s'est établi à 29 676 euros, en baisse de 49,2 %.
Le salarié viticole : une grille en douze paliers, rattrapée par le SMIC#
La convention collective nationale de la production agricole et des CUMA organise la rémunération des salariés viticoles autour de douze paliers, associés à des coefficients qui montent avec la qualification et les responsabilités. Depuis le 1er juin 2026, date de la dernière hausse du SMIC, les trois premiers paliers de la grille issue de l'avenant n° 10 ne sont plus les minima réellement payés : ils tombent sous le salaire minimum légal, et c'est ce dernier qui s'applique.
| Palier | Coefficient | Taux appliqué au 29/09/2026 (avenant 10) | Taux au 1er octobre 2026 (avenant 11) |
|---|---|---|---|
| 1 | 9 à 11 | 12,31 € | 12,31 € |
| 2 | 12 à 16 | 12,31 € | 12,40 € |
| 3 | 17 à 24 | 12,31 € | 12,57 € |
| 4 | 25 à 35 | 12,55 € | 12,84 € |
| 5 | 36 à 51 | 13,08 € | 13,37 € |
| 6 | 52 à 73 | 13,70 € | 13,99 € |
| 7 | 74 à 104 | 14,50 € | 14,79 € |
| 8 | 105 à 143 | 15,50 € | 15,79 € |
| 9 | 144 à 196 | 16,78 € | 17,07 € |
| 10 | 197 à 270 | 18,58 € | 18,87 € |
| 11 | 271 à 399 | 21,15 € | 21,44 € |
| 12 | 400 | 24,16 € | 24,45 € |
Ces montants sont des taux horaires bruts. Pour un salarié à temps plein sur la base légale de 35 heures, le SMIC mensuel brut correspondant s'élève, depuis le 1er juin 2026, à 1 867,02 euros. La colonne « avenant 10 » est déjà celle qui s'applique aujourd'hui : elle intègre le relèvement du SMIC là où le minimum conventionnel serait resté en dessous. La grille elle-même avait été revalorisée de 1,18 % sur l'ensemble de ses paliers lors d'une négociation du 20 janvier 2026, avant même ce rattrapage.
Qu'est-ce qui change avec l'avenant n° 11, et à partir de quand ?#
L'avenant n° 11, signé côté salariés par la CFDT, FO et la CFTC, et côté employeurs par la FNSEA et la FNCUMA, relève l'ensemble de la grille. Il a été étendu par un arrêté du 2 septembre 2026, publié au Journal officiel le 5 septembre : ce texte rend l'accord obligatoire pour toutes les entreprises du secteur, qu'elles relèvent ou non des organisations signataires. Mais l'obligation, elle, ne démarre qu'au 1er octobre 2026 : au jour de la publication de cet article, la grille encore en vigueur reste celle de l'avenant 10, avec son rattrapage SMIC sur les trois premiers paliers.
Un employeur peut choisir d'anticiper : les textes évoquent la possibilité de rémunérer dès le mois de septembre 2026 sur la base des nouveaux montants. Cette anticipation reste facultative, elle ne change rien à la date d'entrée en vigueur obligatoire.
Le vigneron exploitant n'a pas de fiche de paie#
C'est là que la confusion des fiches génériques devient la plus trompeuse. Un exploitant viticole, seul à la tête de son domaine ou associé dans une société, n'émarge à aucune grille salariale : son revenu dépend du résultat de son exploitation, une fois payées les charges, les salariés, le matériel et les emprunts. La statistique qui s'en approche le plus est le résultat courant avant impôt (RCAI) par actif non salarié, compté en équivalent temps plein, publiée chaque année par le service statistique du ministère de l'Agriculture à partir du Réseau d'information comptable agricole (RICA).
Ce résultat n'est ni un salaire net, ni une somme à diviser par douze : c'est un solde comptable annuel, avant impôt sur le revenu et avant les cotisations sociales que l'exploitant doit encore régler dessus. En 2024, dernier exercice disponible, ce résultat s'est établi en moyenne à 29 676 euros par actif non salarié en viticulture, contre un excédent brut d'exploitation (EBE, avant amortissements et charges financières) de 57 813 euros. Le RCAI viticole a chuté de 49,2 % sur un an, l'EBE de 32,9 %, deux indicateurs tombés parmi les plus bas relevés depuis trente ans par cette même enquête.
La baisse touche la profession de façon très inégale : un peu moins d'un cinquième des exploitations viticoles affichait un EBE négatif en 2024, et un tiers un RCAI négatif, soit un résultat déficitaire avant même l'impôt. Plus de la moitié des exploitations, 51,6 %, a vu son EBE reculer de plus de 30 % sur l'année. À titre de comparaison, l'EBE moyen par actif non salarié, toutes productions agricoles confondues, s'est établi à 61 640 euros en 2024 : la viticulture se situe nettement en dessous de cette moyenne.
Pourquoi une chute aussi marquée en une seule année#
Le recul ne vient pas d'un seul facteur. Sur l'exercice 2024, la production viticole valorisée a reculé de 14,4 %, les charges n'ont baissé que de 2,1 %, ce qui a fait fondre la valeur ajoutée de 22,9 %. La baisse a frappé plus fort certains territoires : le Bordelais, la Champagne, l'Alsace et les Charentes ressortent parmi les régions où le repli a été le plus marqué. Le patrimoine moyen des exploitations viticoles a lui aussi reculé, de 2,2 %, en 2024.
L'exercice 2025 ne dessine pas de rebond franc du côté des volumes : la production viticole française est estimée à 36,2 millions d'hectolitres, un niveau identique à celui, déjà faible, de 2024, et inférieur de 16 % à la moyenne des cinq années précédentes. Une exploitation qui produit moins tout en gardant les mêmes charges fixes ne referme pas seule l'écart créé en 2024.
Les promenades entre les rangs, dans les semaines qui suivent les vendanges, ont toujours eu pour moi la couleur des feuilles qui virent au cuivre. Ces chiffres leur donnent désormais un arrière-goût que la lumière d'octobre ne suffit plus à couvrir.
Deux métiers du vin, deux grilles différentes#
Le salarié viticole n'est pas seul dans ce paysage conventionnel : le salaire d'un œnologue suit une autre convention selon l'employeur, celle des caves coopératives ou, déjà, celle de la production agricole et des CUMA quand le poste n'est pas nommément prévu. Le salaire d'un sommelier répond, lui, à la convention collective de la restauration, un univers commercial et non plus agricole. Devenir caviste suit encore un autre parcours, entre commerce et conseil au client final. Ces métiers touchent tous au vin, mais aucun ne partage la grille du salarié viticole ni, moins encore, le régime de revenu de l'exploitant.
Cette baisse de résultat ne reste pas sans conséquence sur la chaîne qui va de la vigne à la bouteille : la structure du prix d'une bouteille de vin montre déjà à quel point la part qui revient au vigneron se négocie serré face au caviste et au rayon. Les aléas climatiques pèsent dans le même sens : le gel tardif qui a frappé les vignerons de Loire en mars 2026 illustre comment un seul épisode météorologique peut amputer une récolte entière, avant même de compter les charges. Sur le plan réglementaire, le décret VCI de 2026 touche directement la marge de manœuvre des exploitants en AOC pour lisser leurs volumes d'une année sur l'autre, une variable de plus dans un résultat déjà fragile.
J'hésite encore à savoir si publier ce chiffre de 29 676 euros rend service à la profession ou l'expose davantage : un revenu moyen aussi bas, sorti sans le contexte du RICA, peut nourrir autant la compassion que le soupçon d'exagération. Je le publie tel quel, avec sa source, parce que taire un chiffre officiel ne protège personne.
Foire aux questions#
Quel est le salaire minimum d'un salarié viticole en 2026 ?#
Il dépend du palier de la convention collective de la production agricole et des CUMA. Au 29 septembre 2026, les trois premiers paliers sont rattrapés par le SMIC, à 12,31 euros brut de l'heure, soit 1 867,02 euros brut par mois à temps plein. Les paliers supérieurs vont de 12,55 euros (palier 4) à 24,16 euros (palier 12).
Qu'est-ce que l'avenant n° 11 change à la grille des salaires viticoles ?#
Il relève l'ensemble des douze paliers, de 12,31 euros pour le premier à 24,45 euros pour le douzième. Il a été étendu par un arrêté du 2 septembre 2026, publié au Journal officiel le 5 septembre, mais il ne devient obligatoire que le 1er octobre 2026. Une application anticipée dès septembre reste possible mais facultative.
Un vigneron exploitant touche-t-il un salaire ?#
Non. Un exploitant tire son revenu du résultat de son exploitation, mesuré par le résultat courant avant impôt (RCAI) par actif non salarié : 29 676 euros en moyenne en 2024, avant impôt sur le revenu et avant cotisations sociales de l'exploitant. Ce n'est ni un salaire net, ni une somme mensuelle.
Pourquoi les revenus viticoles ont-ils autant baissé en 2024 ?#
La production valorisée a reculé de 14,4 % sur l'exercice tandis que les charges ne baissaient que de 2,1 %, faisant chuter la valeur ajoutée de 22,9 %. Le Bordelais, la Champagne, l'Alsace et les Charentes figurent parmi les régions les plus touchées, avec un tiers des exploitations viticoles en résultat courant négatif.
Qui a signé l'avenant n° 11 de la convention collective ?#
La CFDT, FO et la CFTC côté salariés, la FNSEA et la FNCUMA côté employeurs.
Sources#
- Le SMIC augmente au 1er juin 2026, êtes-vous concerné (Code du travail numérique), consulté le 29 septembre 2026
- Une nouvelle grille de salaires minima pour la production agricole et les CUMA, IDCC 7024 (FDSEA 80), consulté le 29 septembre 2026
- Emploi : nouvelles grilles de salaires applicables au 1er octobre 2026 (FDSEA 21), consulté le 29 septembre 2026
- Production agricole et CUMA, salaires 2026 (CFTC-Agri), consulté le 29 septembre 2026
- Des résultats économiques agricoles en retrait en 2024 pour la seconde année consécutive, Primeur n° 6 (Agreste), consulté le 29 septembre 2026
- Infos rapides Viticulture, estimation de la récolte 2025 (Agreste), consulté le 29 septembre 2026





