Le lundi 16 novembre 2026, la Paulée de Meursault rentre chez elle. Après une édition 2025 organisée hors les murs, la 93e édition se tiendra de nouveau dans la cuverie du Château de Meursault, au 5 rue du Moulin Foulot, avec 500 convives annoncés. Le banquet clôt les Trois Glorieuses, ce week-end qui rassemble chaque automne le marché bourguignon autour de Beaune et de Vougeot.
Ce retour n'est pas un détail de logistique. Il tient à un chantier lourd, mené sur un bâtiment que la fête n'avait jamais vraiment quitté, mais qui menaçait de ne plus pouvoir l'accueillir.
Une cuverie de 1835 rouverte pour le banquet#
La cuverie du château, un vaisseau de 35 mètres sur 13 daté de 1835, vient d'être rénovée pour un montant d'environ 20 millions d'euros. Selon Dijon Beaune Mag, elle a été inaugurée à la mi-juin 2026. Le lieu était resté inutilisé pour des réceptions depuis le début des années 1980, à une exception près : la Paulée, qui continuait d'y dresser ses tables une fois l'an.
L'édition précédente avait dû composer avec les travaux. La 92e Paulée, le lundi 17 novembre 2025, s'était repliée au centre sportif Hubert-Rougeot de Meursault, avec près de 800 convives et l'écrivain Jean-Baptiste Andrea pour président. Une salle de sport pour un dîner de grands crus : la solution disait assez l'attachement des vignerons au rendez-vous, quitte à le tenir sur un parquet de gymnase.
Le château, lui, exploite 35 appellations, dont 18 premiers crus et 3 grands crus d'après les fiches d'œnotourisme, et reçoit plus de 20 000 visiteurs par an. Depuis le début des années 2010, la question qui revient chaque automne bourguignon n'est jamais le millésime servi, mais le lieu : où la Paulée se tiendrait-elle l'année suivante. La réponse, pour 2026, est enfin la bonne adresse.
Trois Glorieuses : le week-end qui structure la Bourgogne#
La Paulée ferme un triptyque qui s'ouvre l'avant-veille. Le samedi 14 novembre, la Confrérie des Chevaliers du Tastevin tient son Chapitre au château du Clos de Vougeot. La confrérie a été fondée le 16 novembre 1934 par des vignerons bourguignons pour relancer une viticulture en crise ; elle s'est installée au Clos de Vougeot après l'achat du château en 1944.
Le dimanche 15 novembre se déroule le temps fort du marché : la 166e vente des vins des Hospices de Beaune, sous les Halles. L'Hôtel-Dieu, fondé par charte du 4 août 1443 par le chancelier Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins, s'appuie sur un domaine viticole de 60 hectares dont 85 % de premiers et grands crus. En 2026, la pièce de charité, dite pièce des présidents, sera dédiée à la lutte contre les maladies rares. Pour qui veut suivre le détail des enchères, la vente mérite son propre chapitre.
Puis vient le lundi, et la Paulée. Trois jours, trois lieux, un seul mouvement : la Bourgogne se met en scène devant ses acheteurs.
De 1923 à 1932 : deux dates, une tradition#
On lit parfois que la Paulée aurait une date de naissance unique. C'est inexact, et la nuance vaut la peine. En 1923, le comte Jules Lafon, alors maire de Meursault, et le vigneron Jacques Prieur invitent 35 amis à un banquet pour restaurer le vieux repas de fin de vendanges. C'est l'acte fondateur, informel encore. Le mot lui-même viendrait, selon Wikipédia, soit de la « poêle » du repas cuisiné jadis dans un seul récipient, soit du patois désignant la « pelle », celle de la dernière pelletée de raisins versée au pressoir. Les deux origines coexistent sans qu'aucune ne s'impose.
La seconde date, 1932, structure la fête : c'est la création du prix littéraire, remis chaque troisième lundi de novembre par le maire de Meursault, avec une dotation en nature de 100 bouteilles d'AOC Meursault offertes par un viticulteur différent chaque année. Le palmarès récent aligne Frédéric Beigbeder (2021), Sylvain Tesson (2022), Dominique Bona (2023), David Foenkinos (2024) et Jean-Baptiste Andrea (2025). Plus loin dans le temps, on y retrouve Colette (1951), Maurice Druon (1960) ou Hervé Bazin (1969).
Le reste tient à un usage simple : chaque convive apporte ses propres flacons à partager, jéroboams, grands crus, vieux millésimes. Les vignerons rivalisent traditionnellement à qui posera la meilleure bouteille sur la table. C'est là, plus que dans le protocole, que se joue la Paulée.
Ce que le retour dit du marché#
Reste un chiffre qui interroge. 500 convives en 2026, quand les éditions passées ont pu réunir jusqu'à 800 personnes. Est-ce un format resserré assumé, une jauge propre à la cuverie rénovée, ou un simple ajustement d'une année ? Sur ce point, j'hésite à trancher : la source est unique et récente, et je préfère la citer telle quelle plutôt que d'y lire une tendance qu'elle ne dit pas.
Ce que le retour dit, en revanche, tient à la valeur du lieu. Ramener la fête dans un bâtiment de 1835 rouvert à ce prix, c'est réaffirmer que la Bourgogne vend d'abord des adresses, des climats et des appellations avant des étiquettes. Le meursault lui-même, ce chardonnay de Côte de Beaune que l'on compare volontiers au chablis, se négocie aujourd'hui dans une fourchette large, d'environ 24 à 95 euros la bouteille selon un site marchand consulté début juillet 2026. Le banquet, lui, ne se paie pas : il se transmet.
Sources#
- Dijon Beaune Mag, cuverie du Château de Meursault
- Dijon Beaune Mag, 92e Paulée de Meursault en images
- Festival en France, La Paulée de Meursault
- Festival en France, Les Trois Glorieuses de Beaune
- Wikipédia, La Paulée de Meursault
- Wikipédia, Prix Paulée de Meursault
- Info-Beaune, 166e vente des vins des Hospices de Beaune
- Dico du Vin, Paulée de Meursault et les Trois Glorieuses
- Château de Meursault, banquet de la 91e Paulée
- Beaune Tourisme, histoire des Hospices de Beaune
- Wikipedia, Confrérie des Chevaliers du Tastevin
- Vinatis, appellation Meursault





