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Guide Bettane+Desseauve : la note avant l'édition 2027

Guide Bettane+Desseauve : la note avant l'édition 2027

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

Chaque rentrée, le même rituel. Les tables des libraires se garnissent de pavés reliés, denses, un peu solennels, qui sentent encore l'encre fraîche. Parmi eux, un habitué : le guide Bettane+Desseauve, dont l'édition 2026 est parue le 3 septembre 2025 chez Flammarion, trois cent soixante pages sous couverture cartonnée, vendu 24,90 euros. On l'ouvre, on cherche son cru, on s'attarde. Et déjà, dans un coin de la tête, une question monte : que réservera l'édition 2027 ?

Autant le dire sans détour. À l'heure où j'écris ces lignes, cette édition 2027 n'existe pas encore. Aucune sélection, aucune note, aucun palmarès n'a été rendu public. Le guide paraît chaque année en septembre, celui de 2025 le 4 du mois, celui de 2026 le 3, et rien ne laisse penser que le millésime éditorial suivant échappera à ce calendrier. Décrypter des choix qui n'ont pas été faits n'aurait aucun sens. En revanche, comprendre la méthode qui les produira, oui. C'est là que tout se joue.

Une méthode qui assume la main du dégustateur#

Ce qui distingue ce guide tient d'abord à un parti pris presque artisanal. Selon la présentation reprise par le marchand Vinatis, l'ouvrage repose sur quelques principes revendiqués : les commentaires sont écrits par ceux qui ont réellement goûté, sans réécriture anonyme, et Michel Bettane comme Thierry Desseauve dégustent eux-mêmes une large part des vins, entourés d'une poignée d'experts. Aucun quota par appellation, aucun traitement de faveur affiché. L'idée d'un guide lisible, débarrassé du jargon, court en filigrane.

Il y a dans cette posture quelque chose qui me touche. À l'heure des notes agrégées et des moyennes calculées par des algorithmes, revendiquer la subjectivité assumée d'un palais humain, c'est presque un geste de résistance. On perçoit ici une conviction : le vin se raconte, il ne se compile pas. Cette exigence de la dégustation réelle, on la retrouve dès qu'on veut apprendre à déguster un vin comme un professionnel, où le mot juste vaut autant que la note chiffrée.

Noter sur cent, la fin d'une échelle#

Longtemps, ce guide a noté sur vingt, comme la tradition scolaire française l'y invitait. Puis il a changé de règle. Un texte officiel du 11 mai 2021, le « Manifeste pour une nouvelle expertise », acte la généralisation d'une notation sur cent, inaugurée à l'occasion des primeurs du millésime 2020, avec des notes situées entre 95 et 100 pour les vins jugés les plus aboutis.

Le passage de vingt à cent n'est pas qu'une affaire d'arithmétique. Une échelle plus large ouvre de la nuance, permet de séparer deux vins que le vieux barème aurait rangés côte à côte. Elle rapproche aussi le guide des usages anglo-saxons, ce qui, pour un lecteur habitué aux classements internationaux, facilite la comparaison.

Aux vins leur note, aux domaines leurs étoiles. Le guide distingue les propriétés par un système d'étoiles qui monte, d'après les sources disponibles, jusqu'à cinq. Cette hiérarchie par astres n'est pas sans rappeler d'autres classements du vignoble français, comme la révision décennale du classement de Saint-Émilion, preuve que la France aime hiérarchiser ses terroirs autant qu'elle aime les boire.

De la Revue du vin de France à l'indépendance#

Pour comprendre l'esprit du guide, il faut remonter un peu. Michel Bettane et Thierry Desseauve ont d'abord signé leurs dégustations dans la Revue du vin de France. Après le rachat du titre par le groupe Marie-Claire, adossé à Lagardère, des désaccords éditoriaux s'installent. Bettane quitte la revue en 2004. Les deux journalistes lanceront ensuite leur propre guide, indépendant, dont la première édition remonterait à 1994, si l'on en croit les célébrations récentes de ses trente ans.

Je dis « remonterait » à dessein. Les sources hésitent entre 1994 et 1995, et je n'ai pas de certitude tranchée sur ce point. Ce flou n'enlève rien à l'essentiel : le guide est né d'une rupture, du refus d'un cadre devenu trop étroit. On doit d'ailleurs à Bettane une expression entrée dans le langage du vin, celle de « vin de garage », ces cuvées confidentielles produites presque à la main par des vignerons qu'il baptisait « garagistes ».

Un mot pour éviter une confusion tentante. La Revue du vin de France, fondée en 1927 par Raymond Baudoin, fêtera son centenaire en 2027. Ce centième anniversaire concerne la revue, pas le guide Bettane+Desseauve. Deux histoires qui se sont croisées, puis séparées, et qu'il ne faut surtout pas mêler sous prétexte qu'une même année les rassemble sur le calendrier.

Ce que dresse déjà l'édition 2026#

Puisque l'édition 2027 se dérobe, tournons-nous vers celle qui est sur les tables. Le millésime éditorial 2026 rassemble plus de mille six cents domaines sélectionnés, dont cent quatre-vingt-dix-sept nouveaux venus, et recommande plus de sept mille vins. Au sommet, cent vingt domaines décrochent les cinq étoiles, dont quatre promus pour la première fois. Les vins, eux, se répartissent en quatre catégories parlantes : Star, Valeur sûre, À suivre de près, Nouvelle entrée.

Ces chiffres dessinent un paysage, et l'apparition de cent quatre-vingt-dix-sept domaines inédits en dit long sur un vignoble qui bouge, où de jeunes propriétés se hissent à côté des maisons installées. C'est un mouvement qu'on retrouve, sous d'autres formes, dans d'autres décryptages, comme celui du guide Hachette et ses coups de cœur, autre boussole de la rentrée viticole.

Il existe aussi, distincte du livre, une opération de dégustation à l'aveugle. La Sélection Bettane+Desseauve 2026 a passé au crible près de deux mille cuvées, goûtées sans étiquette par un jury d'amateurs éclairés et de professionnels, pour n'en retenir que mille trois cent quarante. Bordeaux, Bourgogne, Champagne, vallée du Rhône, Loire, Alsace, Provence, Languedoc, Sud-Ouest, Corse : le tour de France y est presque complet.

Attendre septembre#

Reste donc à patienter. Si le rythme se maintient, l'édition 2027 devrait paraître en septembre 2026, dans la continuité de ses aînées. D'ici là, un autre rendez-vous portera la signature du duo : le Grand Tasting de Paris, les 27 et 28 novembre 2026, au Carrousel du Louvre. Un salon où l'on goûte, où l'on discute, où les notes de papier redeviennent des liquides dans un verre.

Honnêtement, c'est ce moment-là que je préfère. Le guide, aussi soigné soit-il, fige une année, un instantané de dégustation. Le vin, lui, continue de vivre en bouteille, de se déplier, de démentir parfois la note qu'on lui a donnée. Entre le verdict imprimé et le plaisir réel, il reste toujours un écart, et c'est heureux. Un classement comme le Top 100 du Wine Spectator rappelle la même chose : la liste oriente, elle ne remplace jamais la gorgée.

Alors quand l'édition 2027 arrivera sur les tables des libraires, à la rentrée, je ferai comme chaque année. Je chercherai mon cru, je m'attarderai sur les nouvelles étoiles, et je garderai en tête que la plus belle note du monde ne vaut pas le silence qui suit une première gorgée réussie.

Image : logo officiel du guide. Crédit : © Bettane+Desseauve.

Sources#

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