Il y a un mot, dans les fiches métier qui truquent la question du salaire d'œnologue, qui n'apparaît jamais : le mot « selon ». Selon quel employeur, selon quelle convention, selon quelle date. Cinq fiches en tête des résultats donnent chacune une fourchette mensuelle brute, sans périmètre et sans source primaire, la seule qui cite une origine renvoyant à un agrégateur d'offres d'emploi. Aucune ne va lire un texte de branche. Or ce sont les textes de branche, justement, qui racontent quelque chose que les fourchettes ne disent pas : au 7 septembre 2026, le bas d'une de ces grilles est passé sous le SMIC.
Réponse directe : aucune convention collective ne nomme le poste d'œnologue. Le minimum applicable dépend de la catégorie et de l'échelon inscrits au contrat, selon que l'employeur relève de la convention des caves coopératives vinicoles (de 1 811,80 à 3 925 euros bruts mensuels depuis janvier 2025) ou de celle de la production agricole et des CUMA, dont le premier palier, à 12,02 euros de l'heure, est aujourd'hui sous le SMIC porté à 12,31 euros depuis juin 2026. Le diplôme, lui, se prépare en deux ans après une licence scientifique et confère le grade de master.
Un master de deux ans, protégé par une loi de 1955#
Avant de parler d'argent, il faut dire ce qu'est ce diplôme, parce que peu d'articles le font correctement. L'arrêté du 2 septembre 2021 portant organisation des études fixe la durée du diplôme national d'œnologue à deux années après la licence, pour 120 crédits européens supplémentaires. L'accès suppose une licence en sciences biologiques, chimiques, biochimiques ou agronomiques, ou tout diplôme équivalent à 180 crédits dans les mêmes domaines. Le cursus impose un stage de découverte de trois semaines minimum en première année, puis un stage pratique de viticulture et de vinification de quatre mois minimum : sur ce dernier point, la page de présentation de l'ISVV à Bordeaux parle de trois mois, mais c'est l'arrêté qui fait foi, pas la page d'un établissement qui semble ne pas avoir été mise à jour.
C'est cette rigueur de laboratoire, très éloignée du seul plaisir de la dégustation, qui distingue l'œnologue du simple amateur qui a appris le vocabulaire de la dégustation en autodidacte. Le même jour, le décret n° 2021-1147 a conféré au diplôme le grade de master, effectif depuis la rentrée 2022-2023 : la fiche RNCP36955 de France compétences le classe niveau 7. Sept centres seulement sont habilités à le délivrer en France, cinq universités, Bordeaux, Dijon, Montpellier, Toulouse et Reims, un institut national à Toulouse et une école d'ingénieur, l'Institut Agro Montpellier. Et le titre lui-même est protégé : une loi du 19 mars 1955, toujours en vigueur, en réserve l'usage, son usurpation étant sanctionnée par l'article 433-17 du code pénal. J'ai fini par ouvrir moi-même le texte de cet arrêté plutôt que de me fier aux résumés qui circulent, et la précision du texte tranche avec le flou des fiches métier qui en parlent.
Combien gagne un œnologue en cave coopérative ?#
C'est la première grille disponible, et la seule qui nomme explicitement des montants mensuels précis pour des postes assimilables à un œnologue salarié : celle des caves coopératives vinicoles, IDCC 7005. L'avenant n° 98 du 12 février 2025 l'a révisée, rendue obligatoire à tous les employeurs de la branche par un arrêté d'extension du 4 juin 2025. Les catégories utiles sont la IV, technicien et agent de maîtrise, et la V, cadre.
| Catégorie de la grille (IDCC 7005) | Rémunération mensuelle brute au 1er janvier 2025 |
|---|---|
| Catégorie I, ouvrier | de 1 811,80 à 1 940,44 euros |
| Catégorie II, ouvrier qualifié | de 1 979,86 à 2 429,91 euros |
| Catégorie III, ouvrier hautement qualifié | de 2 310,96 à 2 810,90 euros |
| Catégorie IV, technicien et agent de maîtrise | de 2 594,77 à 3 198,09 euros |
| Catégorie V, cadres et direction | de 2 973,15 à 3 925,00 euros |
Ces montants figurent dans un tableau du texte de l'avenant, jamais énoncés phrase par phrase : c'est une grille lue directement dans le PDF, pas une citation mot pour mot. Un œnologue salarié d'une cave coopérative se situe, selon son expérience et ses responsabilités, quelque part entre la catégorie IV et la catégorie V. Cette masse salariale entre elle-même dans la structure de marge d'une bouteille de vin, à un poste que le consommateur ne voit jamais sur l'étiquette.
Et hors cave coopérative, quelle grille s'applique ?#
Là où les fiches métier s'arrêtent, une deuxième convention entre en jeu, et elle change tout : la production agricole et les CUMA, IDCC 7024, pour un œnologue employé par une exploitation viticole plutôt que par une coopérative. La grille en vigueur au 7 septembre 2026 est celle de l'avenant n° 10, applicable depuis le 1er mai 2026 : douze paliers allant de 12,02 à 24,16 euros bruts de l'heure, tels que les relaie le cabinet Uptea Conseil.
C'est ici qu'un fait daté, absent des fiches métier qui dominent la recherche sur le sujet, mérite d'être dit sans détour : ce palier 1, à 12,02 euros, est inférieur au SMIC horaire, fixé à 12,31 euros depuis le 1er juin 2026. Concrètement, un contrat qui référence ce bas de grille ne peut légalement pas être payé à ce montant : c'est le SMIC qui s'applique, et non le texte imprimé de la convention. Un nouvel avenant, le n° 11 du 2 juillet 2026, aligne justement ce palier 1 sur 12,31 euros, mais il attend encore son arrêté d'extension : tant qu'il n'est pas paru, ce n'est pas lui, mais l'avenant n° 10 et le SMIC qui font foi.
Et c'est là le nœud du sujet, celui que les cinq premières fiches métier de ce thème ignorent toutes : aucune de ces deux conventions, ni celle des caves coopératives ni celle de la production agricole, ne nomme le poste d'œnologue. Les grilles classent par catégorie, niveau et échelon, jamais par intitulé de métier. Ce qui détermine le minimum légal, ce n'est donc pas le titre inscrit sur une carte de visite, mais la classification réellement écrite au contrat, croisée avec la nature de l'employeur.
Que valent les études de rémunération qui circulent ?#
Sur un sujet proche, découvrez notre article : Devenir caviste : formation, diplôme et salaires 2026.
Deux enquêtes reviennent régulièrement, et toutes deux méritent d'être datées avant d'être citées. L'Union des Œnologues de France a publié en 2020 un chiffre de salaire annuel moyen de 33 236 euros bruts pour un jeune œnologue, sur 424 répondants des promotions 2014 à 2019, en hausse de 4 % par rapport à l'enquête de 2016. À titre de comparaison, la même enquête situait un ingénieur agronome débutant à 34 813 euros et la moyenne des bac+5 français à 40 474 euros. Aucune enquête plus récente n'est publiée sur le site de l'Union des Œnologues de France : celle-ci a six ans.
L'autre source, une étude du cabinet de recrutement Elzéar Wine sur 277 profils techniques du vin, dont 99 œnologues, situe la moyenne de l'échantillon œnologue autour de 40 000 euros bruts annuels, avec une distribution où 54 % se situent entre 36 et 50 000 euros. Cette étude n'affiche aucune date de recueil sur sa propre page ; son relais dans la presse spécialisée, en octobre 2019, indique que les professionnels ont été interrogés « il y a un an », ce qui la situe autour de 2018. Elle vient en outre d'un cabinet de recrutement, partie prenante du marché qu'il décrit, pas d'un observatoire neutre. À titre de repère général, hors filière vin, l'INSEE situait en 2024 le salaire net moyen du secteur privé à 2 733 euros par mois en équivalent temps plein, et le salaire net médian à 2 190 euros.
Faut-il, pour autant, préférer une moyenne datée de 2020 sur un échantillon national à une grille conventionnelle précise mais limitée aux caves coopératives ? Je n'ai pas de réponse tranchée : la première dit ce qui se paie en pratique, la seconde ce qui est garanti en droit, et un lecteur qui négocie son contrat a besoin des deux, pas d'un arbitrage entre elles.
Ce que je retiens de ces textes#
Il y a quelque chose d'assez révélateur dans le fait qu'un diplôme aussi encadré, deux ans d'études, un stage de quatre mois, un grade de master, une loi qui protège jusqu'au titre, débouche sur une rémunération que la loi, elle, ne nomme jamais directement. On protège le mot « œnologue », mais aucun texte ne lui attache un salaire : c'est le contrat, la classification et l'employeur qui tranchent, chaque fois différemment. Pour qui envisage cette formation en cours d'œnologie, la première question à poser avant de signer n'est donc pas « combien gagne un œnologue », mais « quelle convention collective régira mon poste ». D'autres métiers du vin, comme les sommeliers devenus co-créateurs de cartes et de cuvées, montrent qu'une même filière peut faire vivre des trajectoires de rémunération très différentes selon le poste occupé.
Questions fréquentes#
Combien gagne un œnologue en cave coopérative en 2026 ?#
Selon l'avenant n° 98 du 12 février 2025, en vigueur depuis le 1er janvier 2025, un poste de catégorie IV (technicien, agent de maîtrise) se situe entre 2 594,77 et 3 198,09 euros bruts mensuels, et un poste de catégorie V (cadre ou direction) entre 2 973,15 et 3 925 euros.
Le salaire d'un œnologue peut-il tomber sous le SMIC ?#
Le palier 1 de la grille production agricole et CUMA (IDCC 7024), à 12,02 euros de l'heure au 7 septembre 2026, est inférieur au SMIC horaire de 12,31 euros en vigueur depuis le 1er juin 2026. Dans ce cas, c'est le SMIC qui s'applique, pas le montant imprimé sur la grille conventionnelle.
Combien de temps dure la formation d'œnologue ?#
Le diplôme national d'œnologue se prépare en deux années après une licence scientifique (biologie, chimie, biochimie ou agronomie), pour 120 crédits européens. Il comprend un stage de découverte de trois semaines minimum et un stage pratique de viticulture et de vinification de quatre mois minimum, et confère le grade de master depuis la rentrée 2022-2023.
Une convention collective mentionne-t-elle le poste d'œnologue ?#
Non, aucune. Les conventions des caves coopératives vinicoles et de la production agricole et des CUMA classent leurs emplois par catégorie, niveau et échelon, jamais par intitulé de poste. Le minimum applicable à un œnologue dépend donc de la classification inscrite à son contrat, pas du mot « œnologue » lui-même.
Quelle est la différence entre un œnologue et un sommelier en matière de salaire ?#
Les deux métiers relèvent de conventions collectives entièrement différentes : l'œnologue, selon son employeur, des caves coopératives vinicoles ou de la production agricole, le sommelier de la convention des hôtels, cafés et restaurants. Les grilles, les montants et les logiques de classification ne se comparent pas terme à terme.
Sources#
- Arrêté du 2 septembre 2021 portant organisation des études du diplôme national d'œnologue, consulté le 7 septembre 2026
- Fiche RNCP36955, diplôme national d'œnologue, France compétences, consulté le 7 septembre 2026
- Avenant n° 98 du 12 février 2025, grille des salaires des caves coopératives vinicoles, texte intégral, consulté le 7 septembre 2026
- Arrêté du 4 juin 2025, extension de l'avenant n° 98, consulté le 7 septembre 2026
- Grille de la production agricole et des CUMA applicable au 1er mai 2026, avenant n° 10, consulté le 7 septembre 2026
- Avenant n° 11 du 2 juillet 2026, production agricole et CUMA, en attente d'extension, consulté le 7 septembre 2026
- Montant du SMIC en vigueur depuis le 1er juin 2026, France Travail, consulté le 7 septembre 2026
- Cadre législatif du titre d'œnologue, Union des Œnologues de France, consulté le 7 septembre 2026
- Enquête d'insertion des jeunes œnologues, promotions 2014-2019, relayée par Vitisphere, consulté le 7 septembre 2026
- Étude de rémunération des métiers techniques du vin, Elzéar Wine & Spirit, consulté le 7 septembre 2026
- Insee Première n° 2079, les salaires dans le secteur privé en 2024, consulté le 7 septembre 2026





