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Surtaxes Trump 25 % : ce qui bascule le 1er juin 2026

Surtaxes Trump 25 % : ce qui bascule le 1er juin 2026

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Dans treize jours, le tarif douanier américain sur les vins français doit passer de 10 à 25 %. La date couperet du 1er juin 2026 figure noir sur blanc dans la notification de la Maison-Blanche datée du 17 janvier 2026, relayée par Bloomberg, Reuters et La Tribune. Personne n'a réussi à la faire annuler. Personne, à Bruxelles ou à Paris, n'affiche aujourd'hui la certitude qu'elle sautera dans la dernière ligne droite. Et pendant ce temps, les négociants bordelais cessent de répondre aux mails de leurs importateurs new-yorkais.

Selon les données de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS) publiées le 11 février 2026, le chiffre d'affaires France-États-Unis du secteur a déjà perdu 21 % en 2025, soit près de 3 milliards d'euros qui se sont évaporés en douze mois. Ce que les chiffres ne disent pas : la majorité de ce recul s'est produite avant que le tarif effectif ne dépasse les 15 %. La marche supplémentaire annoncée pour juin n'est pas un ajustement. C'est une bascule.

La mécanique des 25 % : ce que dit le texte officiel#

Reprenons la chronologie sans laisser personne se réfugier dans le flou. Le 17 janvier 2026, Donald Trump signe un executive order ciblant huit pays européens : Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Finlande. Motif officiel : leur refus collectif de soutenir le rachat du Groenland par les États-Unis. Mécanique : 10 % de surtaxe additionnelle à partir du 1er février 2026, montée automatique à 25 % le 1er juin si aucun accord politique sur le Groenland n'aboutit. Le texte, publié sur le Federal Register, ne prévoit aucune exemption sectorielle. Le vin tombe dedans, comme le luxe, l'aéronautique civile et l'agroalimentaire.

Ce tarif ne remplace pas. Il s'empile. Depuis le 7 août 2025, les vins européens entrant aux États-Unis paient déjà 15 % au titre de l'accord-cadre commercial signé en juillet 2025 entre la Commission européenne et Washington, sous Section 122 du Trade Act de 1974. Officiellement, ce socle de 15 % devait clore le contentieux. En réalité, l'executive order de janvier ajoute une couche au-dessus. Si la séquence se confirme, une bouteille bordelaise débarquera à New York le 1er juin 2026 avec un droit de douane cumulé de 40 %.

Un négociant girondin que j'avais contacté pour un précédent dossier sur les ventes en primeurs 2025 m'a renvoyé un message le 5 mai : « 40 %, c'est l'arrêt complet sur 80 % de notre catalogue américain. Pas une discussion : un constat. » Il n'est pas le seul à le formuler dans ces termes.

Le coût mesurable : 800 millions d'euros, peut-être davantage#

Gabriel Picard, président de la FEVS, déclarait en septembre 2025 sur franceinfo : « Les exportations vers les États-Unis ont baissé de 20 à 25 % depuis le mois d'août. » À l'époque, le tarif effectif n'était « que » de 15 %. La FEVS a chiffré la perte potentielle pour le secteur français à 800 millions d'euros sur l'année pleine, à un tarif de 20 %. À 25 % additionnels, soit 40 % cumulés, plusieurs analystes du secteur (Wine-Intelligence, IÉSEG insights publié en avril 2026) projettent un recul qui pourrait dépasser 1,2 milliard d'euros pour la seule France.

À l'échelle de l'Union européenne, le calcul devient brutal : selon une note de l'institut L'Économiste Maghrébin publiée fin février 2026, les surtaxes américaines coûtent déjà 4,2 milliards d'euros aux exportateurs européens, tous secteurs confondus. Le passage à 25 % ferait franchir un seuil que peu de fédérations professionnelles osent chiffrer publiquement.

L'Italie observe ce dossier avec une attention particulière. Sa filière vin a profité du repli français en 2019-2021 (premier choc tarifaire Airbus-Boeing, 25 % sur les vins tranquilles français quand les italiens étaient épargnés). Cette fois, l'executive order Trump frappe l'ensemble du bloc européen. Plus de bouclier latin. Asti, Toscane et Sicile vont prendre le même mur.

Ce qui bascule à Reims et Épernay#

Le champagne occupe une place à part dans cette équation. Selon les données de la Comité Champagne publiées le 11 mars 2026, les expéditions 2025 ont totalisé 266 millions de bouteilles, soit le plus bas niveau depuis vingt ans (hors anomalie 2020). Les États-Unis représentent 27,4 millions de bouteilles, environ 20 % du chiffre d'affaires export et le premier débouché international. Une bascule à 25 % additionnels rendrait une Veuve Clicquot Yellow Label, aujourd'hui à 63 dollars en magasin new-yorkais (effet du tarif actuel à 15 % plus dépréciation du dollar de 12-13 % sur 2025), à environ 78 dollars. Au-delà du seuil psychologique des 75 dollars, les arbitrages s'effondrent.

Maxime Toubart, coprésident du Comité Champagne, cité par The Drinks Business le 14 avril 2026 : « Ces tarifs pèsent sur nos opérations, nos vignobles et nos maisons. Toute la chaîne de valeur va souffrir. » Le ton diplomatique cache une réalité comptable. Le prix moyen export par litre vers les États-Unis est tombé de 25 euros fin 2024 à 23 euros début 2026, selon Vinetur. Les maisons absorbent une partie de la hausse pour préserver leurs parts de marché. Cette amortisseur a un plafond. À 40 % cumulés, il saute.

Bordeaux n'est pas en meilleure posture. Le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) a confirmé en mars 2026 que les États-Unis ont dépassé la Chine au premier rang des marchés export bordelais dès le printemps 2025, avec 30 millions de bouteilles expédiées sur les douze mois clos en septembre 2025 (environ 430 millions d'euros). Un grand négociant local a vu son chiffre d'affaires US chuter de 50 % entre janvier et avril 2026, selon Vitisphere. Si le tarif passe à 25 % le 1er juin, ce pilier vacille à son tour. La Bourgogne avait déjà encaissé une baisse de 29 % du prix unitaire moyen vers les États-Unis en 2025, selon l'étude IÉSEG insights. Elle dispose de moins de marge d'absorption.

Les négociations Macron-Trump : où en est-on vraiment ?#

Officiellement, le canal diplomatique reste ouvert. En réalité, les chiffres publics racontent une autre histoire. Emmanuel Macron a affirmé le 18 janvier 2026, au lendemain de la notification américaine, vouloir demander « l'activation de l'instrument anti-coercition de l'Union européenne ». Cette procédure, créée en 2023, permet à Bruxelles de riposter par des mesures commerciales ciblées. Elle n'a jamais été déclenchée depuis sa création. Le 20 janvier, Trump répond en menaçant de porter les tarifs à 200 % sur le vin et le champagne français si Macron refuse de siéger au « Board of Peace » qu'il propose pour Gaza.

L'entourage du président français qualifie cette menace d'« inacceptable et inefficace », formule reprise par France 24 et Public Sénat. La Commission européenne, sous Ursula von der Leyen, négocie en parallèle un accord plus large. Contactée par plusieurs médias début mai 2026, elle n'a pas communiqué de date butoir pour une éventuelle exemption sectorielle des vins et spiritueux. Le ministre français de l'Économie, dans un point presse du 7 mai 2026, a évoqué « des discussions techniques en cours » sans annoncer de calendrier.

Treize jours avant la bascule, aucun signal public ne permet de conclure que le 25 % sera désactivé. Les fédérations professionnelles (FEVS côté français, CEEV côté européen) préparent leurs lettres ouvertes aux ministres du Commerce extérieur. La filière vins et spiritueux est techniquement exclue de l'accord de juillet 2025, ce que les professionnels résument crûment par l'expression « grands oubliés ». Aucun mécanisme de protection sectorielle ne semble se dégager à ce stade.

Les pivots de marché : mythe ou alternative tangible ?#

Face à cette incertitude, la filière française agite depuis deux ans le mot « diversification ». Selon Vitisphere, dans une analyse publiée le 28 avril 2026, la substitution pure du marché américain est un mythe. Les volumes en jeu (3 milliards d'euros) ne se redirigent pas vers un seul pays de remplacement. Les chiffres parlent.

Le Japon importe environ 280 millions d'euros de vins français par an. Croissance 2025 : +4,9 % en valeur, +3 % en volume selon Business France. Marché stable, à fort positionnement premium, mais saturé sur le très haut de gamme. Capacité de croissance estimée à 15-20 % sur trois ans, ce qui couvrirait au mieux 50 millions d'euros annuels de transfert. Loin du compte.

Le Royaume-Uni reste le deuxième marché export historique. 2025 : croissance de 3 % en valeur, malgré le Brexit. Marché mature, peu de surface pour absorber des volumes massifs. Brésil et Inde montrent des progressions à deux chiffres en volume (+50 % en Inde en 2025, portée par la baisse des taxes locales de 150 à 20 %), mais leurs marchés restent étroits en valeur absolue (moins de 80 millions d'euros cumulés pour la France).

Hong Kong, via le retour de Vinexpo Asia du 26 au 28 mai 2026, reste un point de fixation pour la filière bordelaise. Notre confrère Vinexpo Asia a analysé en détail les enjeux de cette édition. Reste que le marché continental chinois s'est effondré de 64 % entre 2019 et 2024. Hong Kong ne compensera pas la chute américaine.

Les données publiques, elles, racontent autre chose : aucun marché alternatif ne peut absorber un transfert de 1 à 1,2 milliard d'euros en moins de trois ans. La diversification est une stratégie de long terme. Le 1er juin 2026, c'est dans treize jours.

Les maisons en mode survie : qui prépare quoi ?#

Trois stratégies se dessinent dans les conversations off avec les négociants bordelais et champenois, recueillies entre le 2 et le 14 mai 2026.

Première option : la mise sous cocon. Plusieurs petites maisons gironde et marnaises envisagent un retrait temporaire du marché américain. Ne plus envoyer, attendre que la situation se débloque. Coût : perte du référencement en distribution, qui peut prendre 18 à 36 mois à reconstruire. Avantage : pas d'absorption de pertes immédiates.

Deuxième option : le partage du choc. Les grandes maisons (LVMH côté champagne, Castel et CVBG côté Bordeaux) négocient avec leurs importateurs américains une répartition de la hausse : un tiers absorbé par la maison, un tiers par l'importateur, un tiers répercuté sur le consommateur. Tenable sur trois mois, intenable sur un an. LVMH a vu son titre chuter de 4,2 % à Paris le 21 janvier 2026, jour de la menace 200 % de Trump.

Troisième option : la fuite en avant produit. Adapter le portefeuille au prix-cible américain à 40 % cumulés, c'est-à-dire abaisser le coût de revient amont. Cela passe par des assemblages plus simples, des élevages raccourcis, des cuvées d'entrée de gamme spécifiquement créées pour le marché US. Plusieurs négociants bordelais y travaillent depuis février 2026, selon Vitisphere. Risque : cannibaliser l'image premium qui fait la valeur de l'appellation. Le CIVB se garde de commenter.

Le Cognac, qui n'entre pas stricto sensu dans cet article mais subit la même mécanique, a déjà vu ses ventes vers la Chine chuter de 20 % en 2025 (767 millions d'euros). L'addition d'un choc américain à 25 % le 1er juin déclencherait probablement une vague d'arrêts de production sur certaines maisons de Charente. La filière n'aurait plus aucun marché tampon.

La question qui dérange#

Si le tarif passe effectivement à 25 % le 1er juin 2026, et que le tarif sectoriel de 15 % se maintient au-dessus, la filière vins et spiritueux européenne entrera dans une zone qu'aucun choc commercial du siècle n'a connue. Les surtaxes Airbus-Boeing de 2019-2021 avaient provoqué une chute de 54 % des importations de vin français aux États-Unis sur 18 mois. À l'époque, le tarif n'était que de 25 %. Combiné à un dollar fort, l'effet était déjà brutal.

À 40 % cumulés, dans un contexte de dollar faible et de marché américain en ralentissement (Gen Z sobriety, baisse structurelle de la consommation de vin de -3 % par an aux États-Unis depuis 2022 selon Wine Intelligence), le calcul ne se fait plus en pourcentages. Il se fait en fermetures. Combien de petites maisons des Côtes-de-Bourg, de Cadillac, de la côte des Bar champenoise tiendront six mois sans flux américain ? Personne n'a posé publiquement la question. Pas de réponse officielle attendue avant le 1er juin.

Sources#

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