Le vendredi 11 septembre 2026, le Château du Clos de Vougeot accueillera la 118e édition du Tastevinage. Ce label de sélection, créé en 1950 par la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, ne distribue ni médaille ni note. Il valide une seule chose : qu'un vin ressemble à ce que son appellation et son millésime promettent. La cérémonie des Majors, qui distingue les mieux classés, suivra le jeudi 12 novembre.
Je précise tout de suite un point qui gêne souvent les lecteurs pressés de connaître un palmarès. Au moment où j'écris, les chiffres de cette 118e session n'existent pas encore. Pas de nombre de vins présentés, pas de taux de sélection. La seule donnée récente utilisable reste celle du printemps.
Un tiers, pas un de plus#
C'est la règle qui structure tout le reste. Les statuts du Tastevinage fixent un plafond : « Le pourcentage des vins tastevinés ne dépassera pas un tiers du nombre des vins présentés à la dégustation sur l'année. » Environ 33 %, jamais davantage. Ce plafond change la nature de l'exercice. Un concours classique récompense les meilleurs sans quota. Ici, deux vins sur trois repartent sans le label, par construction.
La 117e édition, tenue le vendredi 6 mars 2026, donne la mesure. Sur 474 vins présentés, 149 ont été tastevinés, soit 31,43 %. On reste sous le plafond, comme presque chaque année. Selon Les Buvologues, le seuil de sélection avait même été relevé à 14 sur 20 pour cette session, contre 13 l'année précédente. Un cran de plus sur l'exigence.
La dégustation se fait entièrement à l'aveugle. Pas de nom de producteur, pas d'étiquette, pas de réputation. Le juré note un verre, pas une maison. C'est la même logique qu'une dégustation verticale menée sérieusement : on retire le récit pour ne garder que le liquide. J'ai suivi assez de dégustations où le nom du domaine faisait la moitié de la note pour mesurer ce que l'anonymat impose de discipline.
Le jury n'est pas réservé aux professionnels. La 117e réunissait 170 jurés-dégustateurs. Les statuts listent propriétaires, caves coopératives, négociants, courtiers, œnologues, sommeliers, restaurateurs, journalistes du vin et « amateurs éclairés ». Le mélange est voulu. Un vin qui plaît à un courtier mais rebute la table d'un restaurateur ne fait pas l'unanimité, et c'est justement ce que le label cherche à écarter.
Sur ce point, j'hésite encore sur un détail : le parrainage. La session de printemps avait pour parrain le philosophe Laurent de Sutter, d'après Info-Beaune. Pour l'automne, rien n'est confirmé. Ces invités donnent une couleur à l'édition sans peser sur la sélection, qui reste l'affaire des jurés et de leurs verres anonymes.
Du Chablisien au Beaujolais#
Le Tastevinage ne se limite pas à la Côte d'Or. Le Château du Clos de Vougeot revendique des vins sélectionnés « du Chablisien aux crus du Beaujolais », soit toute la Grande Bourgogne. Deux sessions par an, au printemps et à l'automne, toujours au même endroit.
La répartition de la 117e éclaire ce que le label couvre. Selon Info-Beaune, les 149 vins primés se partageaient entre 48 appellations régionales, 49 appellations villages et 52 en premier cru et grand cru. Presque un tiers pour chaque étage de la pyramide. Pour comprendre cette hiérarchie, le guide des appellations de Bourgogne reste le meilleur point d'entrée.
Ce que la Confrérie répète, et que je trouve honnête, c'est que le Tastevinage « n'est pas un concours mais une épreuve d'intégrité ». La formule mérite qu'on s'y arrête. On ne cherche pas le vin le plus impressionnant. On vérifie qu'un bourgogne rouge goûte comme un bourgogne rouge de son millésime. C'est un contrôle de conformité déguisé en distinction. Rien à voir avec un guide de dégustateurs qui assume la main du critique, où le palais d'un homme fait la loi.
Ce que le label vaut sur le marché#
Le Tastevin gravé sur la bouteille est un repère d'achat, pas un prix d'enchère. Il ne fait pas grimper une allocation comme le fait une vente des Hospices de Beaune. Sa valeur est ailleurs : il rassure l'acheteur qui ne connaît pas le domaine, dans une région où les noms se comptent par centaines.
La Confrérie qui délivre ce label a été fondée le 16 novembre 1934 à Nuits-Saint-Georges, par Georges Faiveley et Camille Rodier. Elle s'installe au Clos de Vougeot en 1944. Presque un siècle plus tard, l'outil qu'elle a inventé en 1950 tient la même ligne : le plafond d'un tiers et la dégustation à l'aveugle. Les résultats de septembre diront s'ils s'y tiennent encore. Rendez-vous le 12 novembre pour les Majors.





