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Vinexpo Bordeaux juin 2026 : le retour après l'annulation

Vinexpo Bordeaux juin 2026 : le retour après l'annulation

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

L'odeur du chêne neuf flotte au-dessus du Parc des Expositions de Bordeaux-Lac. Depuis trois ans, ce hangar à exposants attendait son retour, ses moquettes rouges, ses stands de négoce et ses verres tulipes alignés par milliers. Le salon Vinexpo Bordeaux est annoncé du 9 au 11 juin 2026 par les agendas professionnels, en silence officiel du côté de Vinexposium dont le calendrier 2026 publié sur vinexposium.com ne le mentionne pas. Étrange retour pour un salon fondé en 1981 par la Chambre de Commerce et d'Industrie de Bordeaux, qui rassemblait alors 524 exposants venus de 21 pays, et 11 000 visiteurs professionnels de 50 pays.

Quelque chose se joue ici, entre la mémoire du salon et la réalité d'un vignoble en mutation. La ville qui accueille Vinexpo Bordeaux 2026 n'a plus la même silhouette. Elle a renoncé à sa Fête du Vin, faute de budget. Elle a vu disparaître plus de 20 000 hectares de vignes en trois ans. Elle s'apprête à célébrer les dix ans de la Cité du Vin la même semaine. Le timing n'est pas anodin. Il dit quelque chose d'une filière qui cherche, ailleurs que dans l'éclat des chiffres d'autrefois, une raison de continuer à se réunir.

Un salon qui n'a jamais été tout à fait le même#

Vinexpo Bordeaux a touché son sommet en 2013. Près de 2 400 exposants, 44 pays représentés, 48 858 visiteurs venus de 148 nations, 1 290 journalistes accrédités, selon les chiffres conservés par la fiche Wikipedia de l'événement. Le hall 4 des Congrès et Expositions de Bordeaux débordait, les hôtels affichaient complets jusqu'à Arcachon, et les courtiers négociaient des allocations entre deux dégustations. Le rendez-vous biennal pesait alors comme le centre de gravité du commerce mondial du vin.

Le déclin a commencé six ans plus tard. En 2019, Vitisphere titrait que Vinexpo Bordeaux ne serait plus jamais comme avant. L'édition de l'année avait perdu près de 30 % d'exposants et de visiteurs par rapport à 2017, avec moins de 30 000 entrées comptabilisées et 1 600 stands. Le format biennal montrait ses limites, la concurrence de Düsseldorf et de Shanghai s'intensifiait, et la décision de passer en annuel, alignée sur la semaine des Primeurs, n'a pas suffi à enrayer la fuite.

La fusion entre Comexposium et Vinexpo Holding, annoncée en septembre 2020, a redistribué les cartes. Vinexposium est née, propriétaire à la fois de Vinexpo et de Wine Paris. La nouvelle entité a vite déplacé son centre nerveux vers la capitale. En février 2026, Wine Paris a accueilli 63 541 visiteurs professionnels venus de 169 pays, soit 21 % de plus que l'année précédente, et 6 537 exposants. Le rapport de force entre les deux salons s'est inversé. Bordeaux était la place forte ; Paris est devenue le centre.

La crise qui modifie le sens de l'événement#

Avant de pousser la porte d'un stand, en juin 2026, un acheteur étranger lira sans doute les chiffres publiés par la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux. Les exports français ont reculé de 7,9 % en 2025 pour atteindre 14,3 milliards d'euros, le plus bas niveau enregistré depuis vingt-cinq ans selon Pleinchamp. Les États-Unis, premier marché historique, ont taillé leurs achats de 21,2 %. La Chine a chuté de 19,5 % à 767 millions d'euros. Deux destinations qui faisaient les beaux jours des stands bordelais, deux verdicts comptables qui pèsent dans les négociations à venir.

À l'échelle du vignoble, la trame est plus sombre encore. Le CIVB, par la voix de son président Bernard Farges, a chiffré la perte cumulée. 12 283 hectares ont été arrachés avec aides d'État depuis 2023. Avec les arrachages non aidés et la campagne 2026, le total approche les 30 000 hectares disparus. Le vignoble bordelais est désormais ramené à 86 000 hectares, soit une réduction de 18 % en deux ans, comme l'a rappelé Bougerabordeaux. Les livraisons ont chuté à 3,1 millions d'hectolitres en 2025, en recul de 9 % sur un an, d'après Vitisphere.

Le visiteur qui marche dans les allées du salon, en pensant aux Primeurs 2025 dégustés en avril, ne voit pas tout cela. Il voit des étiquettes, des tarifs, des cuvées parcellaires, des nouveaux flacons allégés. Il oublie qu'à quelques kilomètres, des arracheuses ont travaillé tout l'hiver dans les Côtes de Bourg, dans l'Entre-deux-Mers, dans les Côtes de Castillon. La géographie viticole de la Gironde se réécrit sous nos pieds, et le salon professionnel arrive en surface comme un théâtre.

La ville sans sa fête#

C'est probablement le contraste le plus dur. Bordeaux fête le Vin, l'événement grand public biennal qui rassemblait jusqu'à 700 000 visiteurs sur les quais en juin, n'aura pas lieu cette année. Le CIVB, qui en assurait la moitié du financement, a refusé de débloquer son budget. Selon France3 Régions, l'organisation de la fête représente plus de deux millions d'euros. La décision est tombée en août 2025. Retour annoncé en 2027, dans un format inédit qui coïncidera avec la Tall Ships Race, la course des vieux voiliers attendue dans le port de la Lune.

Pendant que la ville renonce à son grand miroir festif, le salon professionnel maintient son rendez-vous. Le geste, ici, compte autant que le résultat. Vinexpo Bordeaux 2026 se tient quand la Fête du Vin n'a plus les moyens d'exister. Le négoce s'expose dans les halls climatisés, le grand public reste chez lui. Pour beaucoup de Girondins, c'est un signe. La filière communique à l'intérieur de son propre cercle, et la ville s'en éloigne, comme si elle avait perdu le goût de célébrer ce qui faisait sa réputation. Blaye, plus modeste, organise sa propre version de la fête. La balance des symboles a glissé.

J'ai déjà vu cette mécanique dans d'autres régions viticoles. La Provence, il y a une dizaine d'années, avait connu une éclipse comparable entre ses salons et ses fêtes populaires. Il faut du temps pour réassembler ce lien, et il faut surtout du budget. La nuance est là. Une filière qui ne célèbre plus avec ses voisins prend le risque de se confondre avec un secteur industriel comme un autre.

Ce que le salon peut encore raconter#

Reste la matière. Le millésime 2025, dégusté en Primeurs entre le 20 et le 23 avril 2026 au Hangar 14 sous l'égide de l'UGCB, a été qualifié de grand millésime par la presse spécialisée. Onze crus rouges ont décroché la note maximale, soit davantage qu'en 2022. Le marché secondaire des grands crus bordelais, qui descendait depuis deux ans et demi, a montré ses premiers signes de stabilisation, même si les prix restent 25 à 30 % en dessous de leur pic. Pour les négociants présents en juin, il y a de quoi remettre la table.

Il y a aussi la trame environnementale, qui pèse plus que les communicants ne le disent. Selon le CIVB, 50 % du vignoble bordelais est aujourd'hui certifié Haute Valeur Environnementale, soit environ 50 000 hectares. Bernard Farges a fixé l'objectif de 100 % de certification environnementale d'ici 2030. Cultivons Demain, la démarche RSE collective de la filière, compte plus de 102 entreprises labellisées et couvre désormais 75 % des surfaces. Dans les masterclasses du salon, la conversion vers le bio et la biodynamie occupera la scène. Cet angle, dix ans plus tôt, restait marginal. Il devient central, à mesure que les acheteurs internationaux mettent la traçabilité environnementale au cahier des charges. Notre guide BtoBio Bordeaux d'avril 2026 avait justement décortiqué l'élan bio dans la région.

Et puis il y a la rencontre, parfois fragile, entre le salon B2B et la grande fête anniversaire de la Cité du Vin. Le bâtiment de Patrick Jouin et XTU sur les rives de la Garonne fête ses dix ans cette même semaine. Une soirée gratuite est prévue le 4 juin, un week-end festif les 6 et 7 juin. 3,5 millions de visiteurs cumulés depuis 2016. La Cité du Vin ouvre ses portes au public sans badge, et c'est peut-être là que se joue la vraie circulation : un acheteur étranger qui termine son rendez-vous au parc des expos, traverse la rive et tombe sur le tour du monde des 50 régions viticoles exposé en photographies. Le hasard du calendrier devient récit.

Ce qui pourrait basculer#

Quelques nuances refusent de se dissoudre. À commencer par celle-ci : Vinexposium n'a pas confirmé l'événement sur son site officiel à la date de cette publication. Le calendrier 2026 du groupe, consultable en ligne, énumère huit rendez-vous. Vinexpo Asia à Hong Kong en mai. Vinexpo Explorer à Mendoza en juin. Vinexpo Discover India en octobre. WBWE Amsterdam en novembre. Wine Paris en février 2027. Vinexpo Americas à Miami en 2027. Aucun à Bordeaux. Les dates du 9 au 11 juin proviennent d'agrégateurs spécialisés, qui répercutent souvent les chiffres de 2013 comme s'ils valaient pour 2026. Mieux vaut le savoir avant d'organiser son déplacement.

Vient ensuite la concurrence des autres événements. ProWein à Düsseldorf, qui s'est tenu du 15 au 17 mars 2026 avec environ 4 000 exposants venus de plus de 60 pays, occupe le centre de gravité allemand. Wine Paris, en février, a verrouillé le rendez-vous européen majeur. Vinexpo Asia, à Hong Kong en mai 2026, a recapté le marché asiatique. Bordeaux arrive en juin avec une fenêtre plus étroite et un dispositif probablement plus modeste. Le salon retrouve sa place de niche, plus que de capitale.

Reste la conviction du visiteur. Combien de négociants américains prendront l'avion en juin pour Bordeaux, alors que les surtaxes douanières plombent leurs marges ? Combien d'acheteurs chinois, qui ont taillé leurs commandes de près de 20 % l'année dernière, jugeront utile de remettre les pieds dans le hangar 4 ? Le salon va se jouer là, dans la conviction qu'il faut être présent malgré tout, ou dans la décision rationnelle de ne plus venir. Pour aller plus loin sur l'effondrement chinois, lire notre analyse Wine Paris Vinexpo 2026 Be No et l'effondrement Chine.

Le rendez-vous d'une filière qui se reconstruit#

Bordeaux en juin 2026, c'est une géographie sentimentale. Le salon professionnel essaie de tenir, la ville renonce à sa fête, le musée souffle ses dix bougies, le vignoble se rétracte. Tout cela dans le même week-end. La poésie du lieu n'a pas disparu, mais elle s'écrit autrement, avec les espacements d'un texte qui aurait été coupé. Pour mieux comprendre les chiffres de l'arrachage bordelais, le bilan arrachage Bordeaux 2026 et les 9 500 hectares de la dernière campagne offre la photographie complète.

Trois jours d'expositions ne suffiront pas à inverser une crise. Ils ne suffisent pas non plus à effacer ce qu'a été Vinexpo Bordeaux à son apogée. Ils servent peut-être à autre chose : à montrer que la filière sait encore se réunir, même quand le décor a changé. À tenir une promesse plus modeste, celle d'un commerce qui continue, malgré les arrachages, malgré les surtaxes, malgré l'absence du grand public.

Il y a, dans cette obstination silencieuse, quelque chose qui ressemble à la rentrée d'un domaine après une mauvaise année. Les rangs sont moins fournis. Les cuves moins pleines. Les caisses moins lourdes. Mais le pli est pris, et on remet la machine en marche. Le silence des chais en novembre. Puis la lumière des halls en juin.

Sources#

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