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Bellet : les cépages endémiques du vignoble de Nice

Bellet : les cépages endémiques du vignoble de Nice

Par Antoine R.

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Antoine R.

Braquet et fuella nera pour les rouges, rolle pour les blancs, tout planté sur des terrasses de galets roulés entre 200 et 400 mètres d'altitude : l'AOC Bellet aligne des choix que peu de vignobles français peuvent revendiquer. Ces cépages endémiques tiennent sur 55 hectares coincés dans les collines de Nice, rive gauche du Var. Le braquet, en particulier, ne se cultive nulle part ailleurs dans le pays. C'est là, sur la seule commune de Nice, que se joue la survie d'une des plus vieilles appellations viticoles françaises, reconnue par décret le 11 novembre 1941.

Un braquet qui ne pousse qu'ici, et c'est le vrai sujet#

Commençons par le cépage, parce que c'est lui qui rend Bellet difficile à copier. Le cahier des charges INAO impose, en rouge et en rosé, au moins 60 % de braquet N et de fuella nera N (la folle noire locale). En blanc, c'est le rolle B, autrement dit le vermentino, qui doit occuper au minimum 60 % de l'encépagement. Le reste se répartit entre accessoires : cinsaut N plafonné à 15 %, grenache N, et une poignée de blancs (bourboulenc, clairette, mayorquin, ugni blanc) contenus à quelques pourcents.

Le braquet, donc. Le cahier des charges est clair : il n'est cultivé, en France, que sur ces coteaux. Ça n'est pas un argument marketing, c'est une donnée ampélographique. Un cépage à la peau fine, peu coloré, qui donne des rouges et surtout des rosés sur la finesse plutôt que sur la puissance. Le comparer à un mourvèdre de Bandol n'aurait aucun sens : on n'est pas dans le même registre de structure, ni de tanin. La fuella nera, elle, apporte la matière et la couleur qui manquent au braquet. L'assemblage des deux, c'est tout l'équilibre du rouge de Bellet.

Il y a une logique de conservatoire là-dedans qui me rappelle le nielluccio et le vermentino de Patrimonio : des cépages qui n'ont survécu que parce qu'une poignée de vignerons a refusé de les arracher au profit de variétés plus vendeuses. Sur ce point, j'avoue une préférence assumée. Un vignoble qui garde des cépages qu'on ne trouve pas ailleurs vaut mieux, à mes yeux, qu'un énième chardonnay planté hors de son berceau.

Une précision réglementaire, pour être honnête sur la mécanique : le cinsaut a bénéficié d'un régime transitoire, autorisé jusqu'à 30 % de l'encépagement de la récolte 2019 à la récolte 2028 incluse, au lieu des 15 % de la règle générale. Un garde-fou le temps que les domaines réajustent leurs plantations. Rien de dramatique, mais ça explique pourquoi certaines cuvées récentes s'écartent du profil braquet-fuella attendu.

Le terroir : des galets, du sable, et beaucoup de pente#

Côté sol, Bellet repose sur des poudingues silico-calcaires et des galets roulés issus de l'érosion des massifs alpins voisins, avec un ciment sableux peu résistant. Le cahier des charges parle de 80 à 90 % de sables, grossiers ou fins, sur une formation datée du Pliocène supérieur. Concrètement, en cave, ça donne des vins qui drainent vite l'excès d'eau et gardent de la fraîcheur, ce qui compte quand on vinifie à deux pas de la Méditerranée.

La densité minimale imposée est de 5 000 pieds par hectare, chaque pied disposant d'au plus 2 mètres carrés. Sur des terrasses en pente, c'est un travail à la main, avec la contrainte d'un vignoble morcelé en petits lieux-dits : Crémat, Saquier, Saint-Roman de Bellet, Gros Pin, Le Pilon. Rien à voir avec les grandes parcelles mécanisables du sud de la vallée du Rhône.

Le rendement de base est fixé à 40 hectolitres par hectare, avec un butoir à 44. Mais la réalité 2024 raconte autre chose : d'après les données douanières relayées par Wikipédia, le rouge et le rosé plafonnaient autour de 17 hl/ha, le blanc à 27. On est loin, très loin, du plafond réglementaire. C'est un vignoble qui produit peu, par construction autant que par choix.

Combien de bouteilles, au juste#

Petit vignoble, petits volumes. En 2024, la production totale déclarée s'établissait à 1 099 hectolitres, répartis selon les douanes en trois couleurs assez proches : environ 39 % de rouge, 41 % de blanc et 20 % de rosé. La part du blanc a progressé depuis les 36 % relevés en 2009, celle du rosé a un peu reculé. En bouteilles, Wikipédia avance un ordre de grandeur d'environ 120 000 cols par an, chiffre à prendre pour ce qu'il est : une estimation arrondie, pas une donnée douanière stricte.

La surface, elle, oscille selon les millésimes. Le cahier des charges donnait 55 hectares en 2009 ; les relevés douaniers indiquent ensuite un creux vers 49,5 hectares en 2023, puis une remontée à 55,1 hectares en 2024. Ça reste l'un des plus petits vignobles AOC de France, dans la même cour qu'Irouléguy au Pays basque. Côté domaines, la dernière liste officielle que j'ai pu recouper date de 2020 et en recense neuf, dont le Château de Bellet, le Château de Crémat et le Clos Saint-Vincent. Combien exactement aujourd'hui ? Je préfère ne pas avancer de chiffre : les sources récentes divergent et aucune donnée primaire 2025-2026 ne tranche vraiment. Une petite dizaine, disons.

Sur les prix, prudence aussi. On trouve un Château de Crémat rouge 2019 autour de 23 euros chez un revendeur allemand, et un Clos Saint-Vincent affiché entre 50 et 59 dollars sur le marché américain (prix constatés aux États-Unis, que je ne convertis pas). Difficile d'en tirer une moyenne française fiable. Retenez surtout que Bellet ne joue pas dans la catégorie des vins de soif : la rareté se paie.

Un vignoble que la ville pousse dehors#

Reste la menace la plus concrète. Bellet est le seul vignoble AOC entièrement implanté dans une grande agglomération française. Au début du XIXᵉ siècle, avant le phylloxéra qui a frappé la région, le vignoble dépassait 1 000 hectares. Il en reste une cinquantaine. La différence, ce n'est pas seulement la maladie : c'est Nice qui a grignoté les coteaux, décennie après décennie, quand un mètre carré constructible vaut plus qu'un mètre carré de braquet.

Je n'ai pas de cas chiffré récent à vous mettre sous les yeux, et je me méfie des chiffres qui traînent sur ce sujet. Mais la logique foncière est là, implacable. Un vigneron de Bellet ne se bat pas seulement contre le mildiou et les millésimes chauds ; il se bat contre la valeur immobilière de sa propre parcelle. C'est peut-être ça, au fond, le vrai combat de cette appellation : tenir un cépage que personne d'autre ne cultive, sur un foncier que tout le monde convoite. La démarche rejoint celle des vignerons qui remettent en valeur les cépages oubliés, à ceci près qu'à Bellet, la menace vient du béton plus que de l'oubli.

Sources#

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