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Bergerac et Monbazillac : le vignoble que Bordeaux éclipse

Bergerac et Monbazillac : le vignoble que Bordeaux éclipse

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

Il faut de l'humidité dans l'air et des écarts de température pour que le botrytis s'installe dans la baie. La coopérative de Monbazillac décrit ce champignon comme l'allié naturel des vignerons : il concentre les sucres et les arômes en faisant évaporer l'eau, et il donne au vin sa robe d'or. Le geste est ancien, le cahier des charges l'a durci en 1992 en imposant la vendange à la main. Et pourtant, à l'est de Bordeaux, le nom de ce vignoble reste presque inconnu du public qui achète du vin par régions.

Bergerac est une appellation reconnue par décret du 11 septembre 1936, avec ses cépages, ses rendements et ses règles d'assemblage propres. Monbazillac, son liquoreux, est présenté par la cave coopérative comme le plus grand vignoble de vins liquoreux au monde. Le voisin bordelais a capté la notoriété ; le vignoble périgourdin, lui, garde des cépages que ses propres textes classent en accessoires, et une surface de liquoreux que personne autour ne revendique.

Ce que dit le cahier des charges#

L'INAO, dans le cahier des charges de l'appellation, fixe la famille végétale des vins de Bergerac. Pour les rouges et les rosés, les cépages principaux sont le cabernet franc, le cabernet sauvignon, le cot et le merlot ; les accessoires sont le fer servadou et la mérille. Pour les blancs, les principaux sont la muscadelle, le sauvignon, le sauvignon gris et le sémillon, avec l'ugni blanc en cépage complémentaire et le chenin et l'ondenc en accessoires.

La règle de proportion compte autant que la liste : « La proportion des cépages principaux est supérieure ou égale à 75 % de l'encépagement de l'exploitation ». Autrement dit, un vigneron qui planterait trop de cépages d'appoint perdrait le droit de produire l'appellation, sans que la qualité de son vin soit en cause. C'est le seuil, pas le goût, qui décide.

Les rendements de base, fixés par le même document, varient selon la couleur : 67 hectolitres par hectare pour les blancs, 62 pour les rosés, 60 pour les rouges. Ces valeurs sont lues dans le tableau réglementaire du cahier des charges, et elles encadrent une procédure d'opposition nationale ouverte après l'avis du 15 avril 2021.

CouleurCépages principauxRendement de base
Rouges et roséscabernet franc, cabernet sauvignon, cot, merlot60 hl/ha en rouge, 62 en rosé
Blancsmuscadelle, sauvignon, sauvignon gris, sémillon67 hl/ha

Monbazillac, le plus vaste des liquoreux#

Le chiffre est avancé par la cave coopérative du château de Monbazillac, et il mérite d'être cité comme tel : « L'aire de production du vin de Monbazillac s'étend sur 2.300 hectares ». La même source situe le vignoble « au monde » en tête des liquoreux, et replace le chiffre dans l'ensemble français : « Sur les 8.000 hectares de vignobles produisant des vins liquoreux en France (Sauternes, Jurançon, Coteaux du Layon…), plus d'un quart sont dédiés au Monbazillac. »

Le cahier des charges de l'appellation, consulté auprès de l'INAO, fixe une autre borne : la proportion des cépages principaux doit être « supérieure ou égale à 80 % dans l'assemblage ». Le sémillon domine, le sauvignon apporte la fraîcheur et ses notes d'agrumes.

La vendange, elle, se fait grain par grain. Le conseil des vins de Bergerac et Duras décrit un vin « vendangé par tries successives », et la coopérative nomme ce que la vendange attend : le botrytis, « l'allié naturel des vignerons », dont l'action transforme les grains durant les arrière-saisons chaudes. Ce choix avait été gravé dans le cahier des charges en 1992, quand les vignerons ont réduit les densités de pieds et de bourgeons à l'hectare et imposé les vendanges manuelles.

Ce que le vignoble a gardé#

Trois noms suffisent à dire la différence. Le fer servadou et la mérille figurent parmi les cépages accessoires des rouges de Bergerac ; l'ondenc accompagne les blancs. Ces trois noms ne cherchent pas à ressembler à ceux de la Gironde voisine, dont le cabernet-sauvignon raconte mieux l'histoire que n'importe quelle comparaison. Le Bergeracois joue une autre carte : celle de la variété, avec « 5 couleurs et 17 vins d'Appellation d'Origine Protégée » revendiquées par le conseil des vins, sur un vignoble qui se donne « plus de 2000 ans d'histoire » et des AOP ayant fêté leurs 80 ans.

L'histoire, justement, a commencé par un lien avec l'Angleterre plutôt qu'avec Paris. En 1376, rappelle la coopérative, « le roi d'Angleterre offre, aux vignerons de Bergerac, le privilège royal de fournir la Cour de Londres ». Le vin de Bergerac avait déjà son marché export, bien avant que la notoriété bordelaise ne recouvre le voisin.

Le Sud-Ouest n'est pas un bloc. Plus au sud-est, Cahors a fait du cot son identité, avec le guide des vins de Cahors et Madiran et le portrait du malbec ; vers le nord, Gaillac revendique ses cépages propres, racontés dans la fête des vins de Gaillac. Bergerac se tient au milieu, avec une autre combinaison de blancs, décrite dans l'assemblage des vins blancs secs.

On pourrait s'attarder ici sur l'injustice du regard : un liquoreux que sa propre coopérative place en tête mondiale des vignobles de liquoreux, et moins cité que Sauternes. Ce déséquilibre tient moins au vin qu'à la géographie du prestige, et je ne suis pas sûre qu'un classement y change quoi que ce soit.

FAQ#

Bergerac est-il une appellation ancienne ?#

Oui. L'appellation d'origine contrôlée Bergerac a été initialement reconnue par un décret du 11 septembre 1936, et ses AOP ont fêté leurs 80 ans.

Qu'est-ce qui distingue le Monbazillac des autres liquoreux français ?#

Sa surface. La cave coopérative avance 2 300 hectares et situe le vignoble en tête des liquoreux au monde, avec plus d'un quart des 8 000 hectares français de liquoreux. Ses cépages principaux doivent représenter au moins 80 % de l'assemblage.

Comment se récolte le Monbazillac ?#

Par tries successives, grain par grain, au gré de l'avancement du botrytis. Les vendanges manuelles sont imposées par le cahier des charges durci en 1992.

Quels cépages ne trouve-t-on qu'ici ?#

En accessoires : le fer servadou et la mérille pour les rouges, l'ondenc et le chenin pour les blancs. Les principaux restent la famille bordelaise, cabernet, merlot, cot, sémillon et sauvignon.

Sources#

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