L'air, dans le chai, garde quelque chose d'un été qui ne veut pas finir. Une chaleur sèche, une poussière fine sur le bois des barriques, et cette odeur particulière du chenin quand il a mûri vite, mêlant la pomme cuite à la cire d'abeille. Mai 2026, on goûte les premières cuves du millésime 2025 en Anjou, et l'on cherche, dans le verre, ce que cette année hors norme a déposé.
Il faut prendre la mesure de la chronologie pour comprendre ce qui se joue. Le 18 août 2025, en Anjou-Saumur, on coupait déjà du raisin. Une date qualifiée d'historique par les vignerons eux-mêmes, jamais vue dans la mémoire vivante de l'appellation. Au Château de Fesles, à Bonnezeaux, les premiers coups de sécateurs ont été donnés le 28 août, presque un mois avant 2024. Laurent Ménestreau, du Domaine de l'Épinay, le résume sobrement à Vitisphere : "j'ai parfois commencé autour du 25 ou 26 août, mais à cette date, jamais."
Une saison écrasée par le soleil#
Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Bourgogne 2025 : ce que disent les dégustations de mai.
Cet été 2025, dans la vallée du Layon, n'a livré qu'une seule pluie significative. Quarante millimètres fin juillet, selon le Domaine des Forges, qui ont rafraîchi des vignes que la canicule menaçait d'épuiser. Le reste du temps, ce fut sec, très sec, avec une faible hygrométrie qui a précipité la maturation et compressé le calendrier.
Pour le chenin, ce profil météo dessine un paradoxe. Les rendements ont chuté de 15 à 20 % par rapport à une année normale, toujours selon le Domaine des Forges. Mais les baies, plus petites, plus concentrées, ont offert une matière dense, presque taillée pour le verre. La santé sanitaire, elle, a été quasi parfaite, avec très peu de traitements nécessaires. Une chose rare dans une région où le mildiou avait, en 2024, taillé entre 20 et 30 % des volumes sur les blancs.
Au tableau régional, la Loire entière se redresse de +26 % par rapport au millésime 2024, très déficitaire, d'après les bilans relayés par lesbourbons.com. Le chiffre est juste, et il est trompeur : il rebondit sur une année désastreuse plutôt qu'il ne signe une abondance. Dans les chais d'Anjou, on parle moins de récolte généreuse que de matière concentrée.
Le profil chenin 2025 dans le verre#
Avant de juger, il faut écouter ce que disent ceux qui ont déjà mis le nez dans les cuves. Le Château de Fesles décrit un chenin "conservant toute la fraîcheur qui le caractérise", malgré la chaleur de l'été. Le Domaine des Forges parle d'un profil fruité, riche, généreux, avec une acidité bien intégrée.
Je dois reconnaître ici que les notes critiques publiées sur 2025 restent rares à ce stade. Sur ce point, j'hésite encore à me prononcer en mon nom. Les grandes revues, RVF, Bettane et Desseauve, Decanter, n'ont pas, à ma connaissance, publié de scores accessibles publiquement sur les vins d'Anjou 2025. Le millésime se goûte encore en cuve, à six ou sept mois d'élevage, et chacun sait qu'un chenin élevé sept mois ne dit pas tout d'un chenin élevé dix-huit. Ce qui se dessine, en revanche, c'est une cohérence : une matière qui pèse, mais qui garde une nervosité.
C'est dans cet équilibre, entre concentration solaire et fraîcheur préservée, que le millésime 2025 va se jouer. Pour les amateurs de chenin sec, l'écho avec d'autres années chaudes mérite d'être suivi de près ; on retrouvera des éléments de comparaison utiles dans le bilan plus large vendanges 2025 par région, pour situer l'Anjou dans son contexte français. Et pour qui veut élargir la perspective au cépage lui-même, le tour d'horizon des 10 cépages français à connaître reste une bonne porte d'entrée.
Liquoreux 2025 : l'année que l'Anjou attendait#
C'est sur les liquoreux que l'enthousiasme se libère. Le Bonnezeaux, le Coteaux du Layon, et surtout le Quarts-de-Chaume Grand Cru ont bénéficié, selon le Domaine des Forges, de la "double influence de la pourriture noble (Botrytis) et du passerillage". Une réunion rare, presque luxueuse, qui n'arrive pas à chaque grand millésime.
Au Château de Fesles, la récolte des raisins botrytisés pour le Bonnezeaux s'est prolongée durant tout septembre, en triages successifs, pendant que le crémant rentrait avant le mois. La précocité d'août n'a donc pas raccourci la fenêtre des liquoreux ; elle l'a déplacée.
Ce signal vaut d'être souligné, parce qu'il succède à un trou. Le Quarts-de-Chaume 2024 n'a pas été produit, faute de maturité réglementaire suffisante pour atteindre les exigences de l'AOC. Sur 30 hectares, 17 producteurs, et un rendement plafonné à 20 à 25 hl/ha parmi les plus bas de France, l'appellation produit en année normale autour de 400 hectolitres, soit environ 53 000 bouteilles, selon les données officielles d'Interloire. Une année blanche, sur un volume aussi confidentiel, laisse une trace.
Le retour de 2025, sur ces parcelles de schiste de Rochefort-sur-Loire, balayées par les brumes matinales du Layon et les après-midi ensoleillés, ne sera donc pas seulement un millésime de plus. Pour beaucoup de vignerons, c'est aussi une respiration. Le Bonnezeaux suit la même logique sur ses 80 hectares délimités, ses 37 producteurs et ses 1 600 hectolitres annuels, soit environ 213 000 bouteilles, avec un rendement maximum de 25 hl/ha. Quant au Coteaux du Layon, vaste de 1 400 hectares, il livre près de 39 300 hectolitres par an, soit l'ordre de 5,2 millions de bouteilles, à un rythme plus soutenu de 35 hl/ha.
La 65e Fête, et le mot officiel "millésime solaire"#
Tout cela trouvera un écho à Chalonnes-sur-Loire, les 16 et 17 mai 2026, lors de la 65e édition de la Fête des Vins d'Anjou-Saumur. L'organisation officielle, portée par l'UPGV, en parle comme du "millésime solaire" qui "va mettre en valeur tous les vins de l'Anjou-Saumur". L'expression est reprise par Anjou Tourisme, et elle sonne juste, à condition de la prendre avec les nuances de saison. Solaire, oui, par sa météo, sa concentration, sa précocité ; mais aussi, dans les cuves les plus abouties, équilibré par les nuits fraîches qui ont sauvé l'acidité.
Les appellations présentes, Coteaux du Layon, Quarts-de-Chaume Grand Cru, Bonnezeaux, Coteaux de l'Aubance, Coteaux de Saumur, donneront un bon panoramique du chenin angevin sur 2025. C'est aussi, accessoirement, le rendez-vous où les amateurs entendront, en direct, ce que les vignerons disent eux-mêmes de leurs cuves quand on n'est plus dans le communiqué de presse.
En amont de cet événement, le Salon des Vins de Loire s'était tenu les 2 et 3 février 2026 au Parc des Expositions d'Angers. Près de 300 exposants, environ 12 500 vins à la dégustation et près de 4 700 acheteurs français et internationaux attendus, selon l'organisation : c'est là que la profession a posé les premiers jalons. Aucun compte rendu public détaillé sur les chenins d'Anjou 2025 n'a, à ma connaissance, été mis en ligne depuis ; il faudra parfois se contenter du retour des vignerons.
Ce que je retiens, à mi-mai 2026#
Quelque chose se joue ici, entre une vendange amorcée à une date jamais vue, des rendements qui plient mais ne rompent pas, et des liquoreux qui retrouvent enfin leur double signature après l'année blanche du Quarts-de-Chaume. Le chenin 2025 ne ressemble pas à ses voisins immédiats ; il porte la marque d'un été qui s'est imposé partout en France et qui, sur les schistes du Layon, a écrit une page singulière.
Pour les secs, je préfère attendre l'élevage, voir comment la matière se range, comment l'acidité tient. Pour les liquoreux, je l'avoue, j'ai déjà envie d'y croire. Il y a, dans cette idée d'une botrytisation conjuguée au passerillage, une promesse qui fait remonter à la mémoire d'autres années généreuses, sans jamais qu'on puisse vraiment les comparer. C'est aussi cela, le chenin : un cépage qui résiste à l'analogie, qui demande qu'on revienne le voir.
Rendez-vous à Chalonnes, donc, mi-mai. Avec un verre, un peu de patience, et l'envie de retrouver ce que cette année solaire a déposé dans le pli des vignes.
Sources#
- Vitisphere, Vendanges lancées à des dates jamais vues en Anjou-Saumur
- Château de Fesles, Vendanges 2025 en Anjou, un millésime précoce
- Domaine des Forges, Millésime 2025 en Anjou
- Lesbourbons.com, Vendanges 2025, conseils et bilan par région
- Interloire, Quarts-de-Chaume Grand Cru
- Interloire, Bonnezeaux
- Wikipedia, Coteaux du Layon AOC
- Anjou Tourisme, 65e Fête des Vins d'Anjou-Saumur 2026
- Angers.fr, Salon des Vins de Loire 2026
- Vins de Loire, Millésime 2024





