La lumière de juillet tombe en biais sur les coteaux du Geisberg, et déjà l'on dresse les chapiteaux au Jardin de Ville. Ribeauvillé s'apprête à recevoir, les 17 et 18 juillet 2026, la FAV'Ribeau, cette foire aux vins que ses organisateurs présentent comme la plus ancienne d'Alsace. Une affirmation que toutes les sources locales reprennent, sans qu'aucune ne livre l'année exacte de la première édition. Il y a quelque chose de juste dans cette mémoire un peu floue : les vraies traditions ne datent pas, elles durent.
Cette année, le thème dit tout d'un mot : « Irresist'ing Riesling ». La noblesse du Riesling, donc, au cœur d'un week-end qui mêle dégustation, gastronomie et musique. Pour qui aime l'œnotourisme et les routes des vins, c'est un rendez-vous qui condense, en deux soirées, l'âme d'un terroir.
Deux soirées sur la Route des Vins#
Le vendredi 17 juillet, les portes s'ouvrent de 18h à 1h du matin. Le samedi 18, de 17h à 1h. Deux nocturnes, et tout se joue à la tombée du jour, quand la chaleur retombe et que les arômes s'éveillent dans le verre. La dégustation prend place à la Salle du Parc, la gastronomie sous chapiteau au Jardin de Ville, à quelques pas. Ribeauvillé, dans le Haut-Rhin, à mi-chemin de Colmar et de Sélestat, est l'un de ces villages qui font la beauté de la Route des Vins d'Alsace.
L'entrée à la salle de dégustation coûte 15 €, verre souvenir compris. Voilà qui pose le ton : on vient pour goûter, pas pour collectionner les flûtes en plastique. Plus de deux cents vins attendent là, deux cent sept selon certaines sources : Grands Crus, Crémants d'Alsace, vins de macération, quelques rouges. Une dix-huitaine de domaines locaux y présentent leurs cuvées, sous la houlette du Syndicat Viticole de Ribeauvillé, présidé par Céline Daniel.
L'accès au Jardin de Ville, lui, est gratuit. C'est là que se tiennent les accords mets et vins, de 18h30 à 23h, portés par les vignerons, restaurateurs, fromagers et pâtissiers du cru. Un plat accompagné de son verre revient à 9 €. La musique n'est pas loin : Pascal Lacom dès 19h le vendredi, le duo pop-rock père-fils Zone Rouge de 22h à 1h le samedi. Une foire aux vins, à Ribeauvillé, ce n'est pas un salon professionnel sous néons. C'est une fête de village qui sent le munster chaud et le Gewurztraminer.
Le Riesling, fil conducteur d'un terroir escarpé#
Si le Riesling tient la vedette cette année, ce n'est pas un caprice de programmation. Ribeauvillé compte trois grands crus, et le cépage y règne. Le Geisberg, d'abord : 8,53 hectares plein sud, le plus ensoleillé des trois, cultivé en terrasses derrière des murets de pierres sèches, cité dès 1308. Le plus escarpé aussi, celui qui demande le plus à la vigne et, dit-on, le rend bien dans le verre.
Le Kirchberg de Ribeauvillé étend ses 11,40 hectares sur un sol argilo-calcaire, mentionné depuis 1328. On lui prête un bouquet élégant, une minéralité calcaro-marneuse, et un potentiel de garde de vingt à trente ans. L'Osterberg, enfin, est le plus vaste avec ses 24,60 hectares, exposé sud-est, certaines parcelles travaillées depuis neuf siècles. Riesling, mais aussi Gewurztraminer et Pinot Gris y gagnent une belle aptitude à la garde.
Ces trois noms ne sont que la pointe d'un vignoble plus large. Ribeauvillé, c'est 321 hectares d'AOC, 85 permanents et 800 saisonniers au fil de l'année. Les cépages autorisés en grands crus, ici, sont au nombre de quatre : Riesling, Gewurztraminer, Pinot Gris et Muscat d'Alsace. À côté des crus classés, des lieux-dits comme le Trottacker, le Steinacker ou le Zahnacker portent une mémoire viticole plus discrète, celle des parcelles que l'on transmet sans toujours les classer.
Le Riesling alsacien, je l'ai souvent dit, est un vin qui ne ment pas. Sa tension droite, son tranchant minéral, sa façon de vieillir en gagnant en profondeur plutôt qu'en rondeur, tout cela en fait un cépage de vérité. Le réchauffement le bouscule pourtant, et ce que devient ce cépage sous la chaleur mérite qu'on s'y arrête, comme j'ai pu le faire dans un précédent article sur le Riesling et la mutation des terroirs.
Trimbach, quatre siècles et un deuil#
Le moment fort de l'édition 2026 se tient le samedi 18 juillet, à 14h30. Anne et Julien Trimbach animeront une masterclass intitulée « L'héritage de Pierre Trimbach ». Trente-cinq euros la séance, réservation obligatoire, et elle inclut la dégustation, l'accès à la soirée et le verre souvenir.
Le titre dit la gravité du moment. Pierre Heydt-Trimbach s'est éteint le 31 janvier 2026, dans un accident de la route, à 69 ans. Douzième génération de la maison, vinificateur depuis 1979, il avait été sacré meilleur vinificateur de vins blancs par Decanter en 2006, puis personnalité de l'année par Bettane & Desseauve en 2017. C'était un homme du Riesling sec, un défenseur acharné du Clos Sainte-Hune, cette parcelle minuscule du grand cru Rossacker à Hunawihr dont la maison tire, depuis 1919, l'un des rieslings les plus recherchés au monde.
La Maison Trimbach a été fondée en 1626 à Riquewihr par Jean Trimbach, installée à Ribeauvillé en 1920. Treize générations, une cinquantaine d'hectares de vignoble, dont 70 conduits en bio. En 2026, elle fête ses quatre cents ans. Quel symbole, cette masterclass : la treizième génération, Anne, fille de Pierre, à l'export et au commerce depuis 2008, et Julien, fils de Jean, à la vigne et à la cave depuis 2014, qui transmettent l'héritage d'un disparu l'année même du quatrième centenaire. On ne pouvait pas écrire mieux. La vie, parfois, compose des accords que nul vigneron n'oserait assembler.
Une histoire qui résiste à la datation#
Reste cette question que je tournais en tête en préparant cet article : la FAV'Ribeau est-elle vraiment la plus ancienne foire aux vins d'Alsace ? L'organisateur l'affirme, les sources locales suivent. La grande Foire aux Vins de Colmar, elle, fait remonter ses origines à 1927 puis 1948. La contradiction n'est pas tranchée par les documents accessibles, et j'avoue préférer cette zone d'ombre à une fausse certitude. Une foire qui se tient chaque troisième week-end de juillet, depuis assez longtemps pour que personne ne sache plus la dater, a déjà gagné son titre de doyenne.
Ce qui m'attache à ces rendez-vous, ce n'est pas le palmarès. C'est le geste répété, année après année, de vignerons qui ouvrent leurs bouteilles aux gens du village et aux promeneurs de passage. Ribeauvillé n'est qu'un maillon d'un chapelet de onze villages viticoles du Pays de Ribeauvillé-Riquewihr, où l'on croise des maisons comme Louis Sipp, en bio depuis 2008, ou le domaine Bott Frères, fondé en 1835. La foire condense tout cela en deux soirées de juillet.
On y boira du Riesling, donc, et l'on songera peut-être à Pierre Trimbach en levant son verre. Le Crémant d'Alsace ne sera pas en reste, et l'on pourra prolonger le plaisir des bulles en relisant ma sélection de domaines de crémant. Mais l'essentiel se jouera dans la lumière du soir, sous les chapiteaux, là où le vin redevient ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : un prétexte à se rassembler.
Sources#
- https://www.ribeauville.fr/fr/blog/agenda/foire-aux-vins-fav-ribeau-2026.html
- https://www.jds.fr/colmar/foires-et-salons/foires/fav-ribeau-2026-1034945_A
- https://www.festivalenfrance.com/festival/fete-du-vin-et-de-la-gastronomie-de-ribeauville-favribeau
- https://www.ribeauville.fr/fr/foire-aux-vins-fav-ribeau.html
- https://www.ribeauville.fr/fr/le-vignoble.html
- https://bons-baisers-du-rhin-superieur.com/2016/06/16/vins-alsace-3-grands-crus-de-ribeauville-kirchberg-geisberg-osterberg/
- https://www.trimbach.fr/en/notre-histoire
- https://www.idealwine.net/deces-accidentel-de-pierre-trimbach-vigneron-emblematique-en-alsace/
- https://www.vitisphere.com/actualite-105961-avec-pierre-heydt-trimbach-le-vignoble-alsacien-perd-lune-de-ses-figures-emblematiques.html
- https://www.winalist.fr/blog/vignobles-france/vignoble-alsace/visiter-ribeauville





